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Marché financier : la Cosumaf muscle son dispositif contre le blanchiment et le financement du terrorisme

Entre vigilance accrue des acteurs, obligations déclaratives renforcées, la Cosumaf entend consolider la crédibilité du marché régional et offrir aux investisseurs un environnement plus sûr et plus transparent.

Publiée mercredi 17 septembre 2025 à 17:27:07Modifiée mercredi 17 septembre 2025 à 17:27:08Temps de lecture 5 minPar Arthur WANDJI

La Cosumaf veut accentuer la lutte contre le blanchiment des capitaux en zone CEMAC
La Cosumaf veut accentuer la lutte contre le blanchiment des capitaux en zone CEMAC

La Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (Cosumaf) vient de publier de nouvelles lignes directrices imposant aux acteurs du marché financier de l’Afrique centrale une vigilance accrue face aux risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. Cette réforme vise à aligner la sous-région sur les standards internationaux et à renforcer la crédibilité du marché.

La publication de ces directives intervient dans un contexte où la CEMAC cherche à crédibiliser ses institutions financières face aux partenaires internationaux. Plusieurs rapports récents ont mis en lumière les vulnérabilités des marchés africains face au blanchiment et au financement du terrorisme, notamment en raison de la faiblesse des contrôles internes et de la porosité des frontières financières. Pour la Cosumaf, il était devenu impératif d’adopter un cadre harmonisé, conforme aux exigences du Groupe d’action financière (GAFI), afin de préserver la réputation du marché régional et d’éviter d’éventuelles sanctions internationales.

La connaissance du client, pierre angulaire des réformes

Au cœur du dispositif figure l’obligation de vigilance à l’égard de la clientèle. Désormais, chaque société de bourse, société de gestion de portefeuille, banque dépositaire ou intermédiaire agréé devra instaurer des procédures strictes de vérification de l’identité des clients, de leurs ayants droits économiques et de l’origine des fonds investis. Les acteurs devront également se doter de mécanismes de mise à jour régulière de ces informations, afin d’éviter tout relâchement. La vigilance est particulièrement renforcée concernant les personnes politiquement exposées (PPE), identifiées comme présentant un risque accru de corruption et de transferts suspects. Pour chaque relation d’affaires avec une PPE, les acteurs devront obtenir une validation expresse de leur direction et assurer un suivi renforcé des transactions.

Déclarations obligatoires et traçabilité renforcée

La Cosumaf exige des acteurs la mise en place de systèmes de surveillance permettant d’identifier et de déclarer rapidement toute transaction inhabituelle ou suspecte. Les obligations déclaratives couvrent aussi bien les opérations financières atypiques que les comportements jugés incompatibles avec la situation financière déclarée du client. Ces déclarations devront être transmises aux cellules nationales de renseignement financier (ANIF), tout en étant documentées et archivées à l’interne.

Lire aussi : Lutte contre le blanchiment : les suggestions du FMI au Cameroun pour sortir de la liste grise du GAFI

Les nouvelles directives imposent également une tenue rigoureuse des registres de conformité et l’obligation de former régulièrement le personnel à la détection des opérations douteuses. À travers ces dispositions, la Cosumaf entend professionnaliser la fonction de conformité dans les établissements financiers régionaux, souvent considérée comme secondaire jusqu’ici.

Responsabilité

Alors que la COBAC, gendarme bancaire de la CEMAC, prévoit des sanctions dissuasives contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, la Cosumaf souligne désormais l’impératif pour tous les acteurs du marché financier de se conformer à ses directives, témoignant que la conformité n’est plus une simple formalité administrative, mais un véritable enjeu de gouvernance.  « La lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme constitue un enjeu majeur de politique publique des États membres de la CEMAC. Les acteurs du marché financier régional ne sauraient s'affranchir des efforts à consentir pour assurer l'intégrité de notre système financier », rappelle la Commission.

Un marché plus attractif, mais un coût d’adaptation élevé

Au-delà des contraintes, la réforme vise à renforcer l’attractivité du marché financier de l’Afrique centrale, encore marqué par une faible profondeur et une liquidité limitée. En sécurisant davantage les opérations et en assainissant les circuits financiers, la Cosumaf espère créer un environnement plus rassurant pour les investisseurs institutionnels, notamment étrangers. Cette crédibilité accrue pourrait attirer de nouvelles émissions obligataires et dynamiser la BVMAC, encore en quête de maturité.

Lire aussi : En plein retrait d’Afrique, Société Générale secouée par une enquête pour blanchiment d’argent et de fraude fiscale

Cependant, pour les acteurs locaux, la mise en œuvre de ces obligations représente un défi : il faudra investir dans des systèmes informatiques sophistiqués, recruter et former du personnel spécialisé et supporter des coûts supplémentaires dans un contexte où les marges restent étroites. Le succès de la réforme dépendra donc de la capacité des acteurs à intégrer rapidement ces exigences sans freiner leur compétitivité.

Un signal politique et économique

En resserrant l’étau contre le blanchiment, la Cosumaf envoie un signal fort : celui d’une autorité qui entend asseoir sa crédibilité et consolider la gouvernance financière dans la sous-région. Le message va au-delà du strict cadre financier : il s’agit de démontrer que l’Afrique centrale veut rompre avec l’image d’un espace vulnérable aux flux illicites. À terme, cette réforme pourrait devenir un levier d’intégration régionale et de confiance accrue, condition indispensable pour que le marché financier de la CEMAC joue pleinement son rôle dans le financement des économies locales.

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