Geovic Cameroon S.A. (Geocam), filiale de l’américain Geovic Ltd associée à la Société nationale d’investissements (SNI), annonce avoir formellement émis un avis de différend dans une lettre datée du 16 janvier 2026, adressée aux autorités camerounaises. C’est sa première sortie officielle depuis son éviction du projet de cobalt-nickel-manganèse de Nkamouna-Lomié, dans la région de l’Est, dont les permis ont été rétrocédés à la Société nationale des mines (Sonamines) en mai 2025. Dans ce courrier, l’entreprise affirme que son permis d’exploitation minière n°33, attribué par le décret présidentiel n°2003/077 du 11 avril 2003 et adossé à une convention minière signée le 31 juillet 2002, « demeure valide, juridiquement contraignant et pleinement en vigueur », avertissant qu’à défaut de correction immédiate de la situation, elle se réserve le droit d’engager une procédure d’arbitrage international.
Selon Chris Serin, se présentant comme le Président de Geocam, le différend porte sur des « ingérences illégales » dans ses droits exclusifs, matérialisées par des actions publiques laissant entendre que le projet serait remis en appel d’offres ou proposé à des tiers alors que, soutient-il, ni le permis ni la convention minière n’ont été légalement résiliés, suspendus ou retirés, faute de notification formelle de manquement ou de résiliation conforme aux dispositions contractuelles.
Lire aussi : Cameroun : la Sonamines cherche des partenaires pour relancer les projets miniers de Lomié et d’Akonolinga
La société rappelle que sa convention minière contient des clauses compromissoires d’arbitrage international, et précise qu’elle pourrait réclamer une indemnisation intégrale pour expropriation, perte de valeur et préjudice subi. Elle indique également qu’elle notifiera formellement investisseurs, prêteurs, assureurs et conseillers de l’existence du différend, estimant que tout tiers s’engageant sur le projet le ferait « à ses propres risques ».
Geocam affirme par ailleurs avoir investi plus de 110 millions de dollars (environ 70 milliards de FCFA) dans le projet, dont près de 40 millions de dollars (environ 25 milliards de FCFA) apportés par la SNI. Selon l’entreprise, un contentieux international prolongé pourrait geler durablement le développement de cet actif, alors même que la Sonamines a récemment lancé un appel d’offres en vue de recruter des partenaires pour la mise en valeur du gisement.
Fondement juridique de la rétrocession
De son côté, l’État camerounais fonde la rétrocession du site à la Sonamines sur le Code minier de 2023, notamment l’article 38, alinéa 7, qui prévoit que les gisements « abandonnés ou retirés à leurs découvreurs sont systématiquement rétrocédés à l’organisme public dûment mandaté ». Dans une interview accordée à EcoMatin en juillet 2025, le directeur général de la Sonamines, Serge Hervé Boyogueno, a indiqué que le retrait du permis de Nkamouna s’inscrivait dans le cadre des articles 165 et suivants du Code minier, ainsi que des articles 101 et suivants du décret n°2024/05061/PM du 19 novembre 2024, et que le transfert à la Sonamines constituait une conséquence « obligatoire et non optionnelle » de la loi, en application du principe de souveraineté de l’État sur les ressources minières consacré par l’article 4(1) du Code.
Washington à la manœuvre
Le dossier est suivi avec attention par les États-Unis. Selon une source proche du dossier au sein de Geovic, s’exprimant sous couvert d’anonymat, des discussions seraient en cours avec la SNI afin de « trouver une solution sur les montants déjà investis », tandis que les autorités américaines auraient manifesté un intérêt stratégique pour préserver l’accès à cet actif de minéraux critiques, essentiels aux chaînes de valeur industrielles occidentales. La même source évoque des contacts exploratoires autour d’un consortium américain, avec un soutien potentiel de la U.S. International Development Finance Corporation (DFC) en vue d’une reprise ou restructuration du projet.
Il faut noter que le différend autour de Nkamouna intervient dans un contexte plus large de litiges miniers au Cameroun, liés à la reprise par l’État de permis jugés non ou sous-exploités. Avant sa rétrocession à la Sonamines, le projet demeurait en partie à l’arrêt en raison de désaccords persistants entre actionnaires de Geocam et la SNI, notamment autour du règlement de dettes historiques et des conditions de poursuite des travaux, selon des sources proches du dossier.
Découvert et étudié depuis plus de vingt ans, le gisement de Nkamouna-Lomié est présenté comme l’un des plus importants gisements primaires de cobalt au monde. Les dernières études disponibles lui attribuent un potentiel d’environ 121 millions de tonnes de ressources minérales, avec des teneurs moyennes de 0,23 % de cobalt, 0,65 % de nickel et 1,35 % de manganèse. Les estimations officielles évaluent l’investissement nécessaire à la phase d’exploitation à près de 300 milliards de FCFA, pour un projet susceptible de générer environ 800 emplois directs et 400 emplois indirects. Près de vingt ans après l’octroi du permis, aucun kilogramme de cobalt n’a toutefois encore été commercialisé.
Lire aussi : Cobalt de Lomié : Geovic se retire du projet et cède ses actifs à l’américain Cloudbreak

