Selon une fiche de projet interne à la Société nationale d’exploitation minière et de commerce (SONEMIC) consultée par EcoMatin, les autorités tchadiennes prévoient la création d’un Comptoir central d’achat et de vente de métaux précieux. L’infrastructure, qui sera implantée à N’Djamena, mobilise un budget prévisionnel de 5 milliards de FCFA. Le projet prévoit l’installation d’équipements d’analyse destinés à certifier la qualité des métaux et à sécuriser les transactions. « Le comptoir devra également constituer une réserve stratégique de métaux précieux détenue par l’État. », précise le document.
Le dispositif inclut la création de centres d’achats provinciaux dans plusieurs zones aurifères du pays. Des unités mobiles d’analyse, installées dans des camions-laboratoires sécurisés, seront déployées dans les provinces du BET, du Wadi-Fira, de l’Ouaddaï, du Sila, du Guéra, du Batha et du Mayo-Kebbi, dans l’arrière-pays. L’objectif est de capter la production issue de l’orpaillage artisanal et de l’intégrer au circuit formel d’achat et d’exportation. Le projet doit être mis en œuvre sur une période de trois ans, entre 2026 et 2028, dans le cadre d’un partenariat public-privé placé sous la coordination technique de la SONEMIC. Une première enveloppe d’un milliard de FCFA a été mobilisée par l’État à fin 2025 pour financer les travaux initiaux et les dispositifs logistiques. Les 4 milliards de FCFA restants devant être mobilisés au cours de la phase de déploiement.
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Le Tchad produit de l’or, du diamant et d’autres métaux précieux, mais une part importante de cette production échappe aux circuits officiels. Selon les données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), plus de 15 tonnes d’or ont été écoulées via des circuits informels en 2023. Le comptoir central prévoit de regrouper les transactions provenant des sociétés minières, des exploitants artisanaux, des bijoutiers et des particuliers. Les autorités visent une augmentation de la contribution du secteur minier au produit intérieur brut, actuellement estimée entre 2 % et 3 %, pour atteindre 5 % à l’horizon 2030. Le projet prévoit également la création d’environ 600 emplois directs et indirects.
En outre, le comptoir central devrait servir de point de collecte pour les affineurs et fondeurs et permettre la mise en place d’un système de traçabilité des métaux conforme aux standards internationaux. Le dispositif inclut la digitalisation des transactions et l’enregistrement des flux commerciaux.
La création du comptoir s’inscrit dans la stratégie gouvernementale définie dans la vision « Tchad Connexion 2030 », qui identifie le secteur minier comme un levier de diversification économique. L’initiative intervient dans un contexte de hausse des cours internationaux de l’or, dont le prix a progressé de 24 % au cours des trente derniers jours et de près de 800 % sur les vingt dernières années. Le gouvernement tchadien a engagé plusieurs réformes visant à renforcer le contrôle public sur l’exploitation et l’exportation des ressources minières, notamment par la mise en place de points uniques d’autorisation pour certains minerais dont l’antimoine. La réforme prévoit également des mécanismes de fixation des prix d’achat afin d’encadrer les transactions réalisées sur le territoire national. Des initiatives similaires ont été engagées dans la région, notamment en République centrafricaine, où la mercuriale du gramme d’or a été relevée de 66 % afin d’ajuster la fiscalité appliquée à la production aurifère.
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