La bataille entre actionnaires du projet de bauxite camerounais de Minim-Martap connaît un nouvel épisode. Le Takeovers Panel, régulateur australien des opérations de prise de contrôle, a déclaré, le 28 octobre 2026, « inacceptables » les circonstances entourant l’offre de rachat lancée par A2MP Investments FZCO sur Canyon Resources. Contrôlée par Gagan Gupta, A2MP détient, avec ses associés, 55,56 % des droits de vote de cette société australienne. Saisie le 25 août par l’actionnaire Jeremy Raper, l’instance relève des lacunes dans les informations fournies aux actionnaires, l’utilisation d’informations confidentielles et des facteurs susceptibles de faire pression sur les minoritaires pour qu’ils acceptent une offre fortement décotée. Expirée le 21 septembre, celle-ci proposait 5 cents australiens par action, soit une décote de 42,5 % sur le cours de clôture du 28 juillet.
Le différend porte sur la tentative d’A2MP de racheter les actions de Canyon qu’elle ne détenait pas ou ne contrôlait pas. Pour justifier son offre, le groupe estimait que la situation financière de Canyon se détériorait et que Minim-Martap n’était « plus viable à court et moyen terme » dans sa configuration et sa structure de financement actuelles. Il avançait aussi que les flux de trésorerie prévisionnels du projet ne permettraient probablement pas d’assurer le service du crédit d’environ 140 millions de dollars US accordé dans le cadre d’une facilité syndiquée auprès d’AFG Bank Cameroun.
Lire aussi : Bauxite de Minim Martap : le clan Gupta acquiert 21 millions d’actions de Canyon Resources
Or, dans une lettre adressée à cette banque le 30 juillet, A2MP assurait que l’offre « ne modifie pas le plan d’exploitation actuel de [Minim-Martap] » et promettait d’assumer le financement « jusqu’aux premières ventes commerciales et au-delà ». Le Panel relève que les intentions exposées à la banque étaient substantiellement incompatibles avec les informations présentées aux actionnaires. Il reproche également à A2MP de ne pas avoir suffisamment expliqué les hypothèses qu’elle avait substituées à celles de l’étude de faisabilité de Canyon : une prime sur le prix du produit ramenée d’environ 11 à 5 dollars US par tonne sèche, un coût du fret porté de 17 à 32–36 dollars US par tonne, ainsi que des taxes, prélèvements et dépenses d’investissement logistique plus élevés. Le régulateur estime que les actionnaires ne disposaient pas d’assez d’éléments pour évaluer ces hypothèses.
Le Panel constate également qu’A2MP s’est appuyée sur des informations confidentielles de Canyon pour préparer ses analyses financières et son offre. Sa documentation indiquait pourtant que les informations relatives à Canyon avaient été élaborées à partir de sources publiques.
Le dossier comporte aussi un volet lié à Afriland First Bank. Une filiale de la banque devait investir jusqu’à 70 millions de dollars australiens au capital de Canyon. Initialement approuvée en novembre 2025, l’opération nécessitait une nouvelle autorisation des actionnaires en raison de délais réglementaires. Celle-ci n’a pas été obtenue lors de l’assemblée du 9 mars 2026, notamment faute d’enregistrement valable des votes favorables d’Eagle Eye Asset Holdings, propriétaire de 97,3 % d’A2MP. Le conseil avait maintenu l’assemblée malgré la possibilité d’un report permettant de corriger ce problème. Le Panel retient cet enchaînement parmi les facteurs susceptibles d’avoir exercé une pression sur les actionnaires : cette possibilité de financement avait disparu, puis la dégradation de la situation financière avait été invoquée pour les convaincre d’accepter l’offre.
Lire aussi :Bauxite : la bataille pour le contrôle de Minim-Martap portée devant le gendarme boursier australien
Le dossier est d’autant plus sensible que Canyon avait annoncé, le 24 août, la suspension par AFG Bank des nouveaux décaissements du crédit, dans l’attente d’un examen du calendrier de développement, du modèle financier et d’une visite du site jugés satisfaisants par les prêteurs. L’expert indépendant mandaté dans le cadre de la réponse de Canyon avait évalué l’action dans une fourchette de 14 à 44,6 cents australiens et jugé l’offre ni équitable ni raisonnable. Le Panel indique toutefois qu’il examine encore l’opportunité de prononcer des ordonnances définitives : sa déclaration ne constitue donc ni une annulation de l’offre, déjà échue, ni une décision finale sur les mesures à prendre.
Un démarrage désormais annoncé pour 2027
Au Cameroun, aucune prise de position publique des autorités sur cette bataille actionnariale n’a été identifiée à ce stade. Dans sa communication sur le projet publiée le 23 octobre, le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (MINMIDT) a plutôt mis en avant l’avancement des infrastructures. Il a confirmé l’arrivée de sept locomotives CRRC, la réception de 125 wagons sur les 160 prévus et l’achèvement de la route de 43 kilomètres reliant le plateau Danielle à la plateforme ferroviaire de Makor. Les 35 wagons restants sont attendus en novembre.
Le ministère situe désormais les premières opérations d’extraction, de transport et d’expédition au premier semestre 2027, contre une échéance de novembre 2026 précédemment annoncée. L’avancement des infrastructures ne dissipe toutefois pas les interrogations financières. Le document du Panel rappelle la suspension des nouveaux tirages sur le crédit AFG, sans préciser si ceux-ci ont repris depuis.
Lire aussi :Cameroun : après la crise des actionnaires, le projet Minim Martap se heurte au blocage foncier













