Le démarrage de l'exploitation industrielle du gisement de bauxite de Minim Martap, situé sur un permis de 499 km² dans la région de l'Adamaoua, reste en suspens en cette fin d'août 2026. L'opérateur australien Canyon Resources, via sa filiale locale Camalco, conditionne désormais ses premiers coups de pioche à la résolution des litiges fonciers ; un préalable qui repousse un lancement pourtant annoncé comme imminent. « L'exploitation minière n'a pas encore commencé et son lancement est subordonné à la finalisation des discussions sur l'indemnisation des terres avec les communautés locales », a admis l'entreprise dans son rapport d'étape publié le 31 août.
Comment expliquer ce verrou social sur le terrain, plus de deux ans après l'obtention du permis d'exploitation en juillet 2024 ? La compagnie reste muette sur les raisons exactes de ce retard. Elle ne dévoile ni l'enveloppe financière allouée aux compensations, ni la superficie ciblée, ni le nombre de personnes à dédommager. Difficile de savoir, dès lors, si ce silence traduit une volonté de désamorcer toute contestation locale avant qu'elle ne s'exprime, ou s'il reflète simplement les lourdeurs administratives inhérentes à ce type de procédure. Il faut dire que le gisement se superpose à des enjeux agropastoraux majeurs : le plateau de l'Adamaoua est une zone traditionnellement reconnue pour ses vastes corridors de transhumance et ses terres agricoles. L'implantation de sites d'extraction à ciel ouvert pourrait ainsi perturber une économie rurale locale, historiquement partagée entre éleveurs bororos et agriculteurs autochtones.
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Ce défi foncier est d'autant plus complexe qu'il s'ajoute à une conjoncture capitalistique critique au siège australien : empêtré dans une âpre bataille boursière avec ses actionnaires minoritaires, l'actionnaire majoritaire A2MP vient de subir la suspension, par AFG Bank, d'une ligne de crédit de 82 milliards de FCFA (140 millions de dollars) — réduisant d'autant ses marges de manœuvre financières pour débloquer la situation sur le terrain.
Pour l'État camerounais (actionnaire à 10 % via la Sonamines) et le tissu économique local, les conséquences de cette impasse sont lourdes : elles compromettent l'ambition de dégager rapidement de nouvelles recettes minières pour compenser la chute continue des revenus pétroliers. Sur le plan logistique, la compagnie a beau mettre en avant l'acheminement de sept locomotives et 60 wagons - sur les 160 commandés - destinés à transporter le minerai sur les 800 km de réseau ferroviaire jusqu'à Douala, les essais sont désormais à l'arrêt. Privé de liquidités et enlisé dans l'Adamaoua, Canyon s'est vu contraint de retirer purement et simplement son calendrier, qui prévoyait les premières exportations au quatrième trimestre 2026.
Dans cette perspective, ces turbulences retardent la valorisation d'un potentiel minier de classe mondiale, évalué à 1,1 milliard de tonnes de réserves, dont 144 millions de tonnes de bauxite à très haute teneur et à faible teneur en silice. Attribué pour une durée de 20 an renouvelable, ce gisement historique voit ainsi son destin suspendu aux arbitrages d'une gouvernance remaniée, pilotée par la famille Gupta et soutenue à hauteur de 2,7 % par la holding FEDA d'Afreximbank. Face à cet horizon financier et actionnarial incertain, la pacification foncière dans l'Adamaoua apparaît aujourd'hui comme le premier préalable incontournable à toute relance opérationnelle de l'industrie bauxitique nationale.
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