Dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun, le gouverneur Midjiyawa Bakari a acté, par deux arrêtés signés le 17 septembre, l'interdiction d'exporter des céréales et du riz paddy. Cette décision coupe l'accès des marchés frontaliers à ces denrées agricoles locales. « Au regard de la persistance de sortie frauduleuse vers les pays voisins de certains de nos produits locaux, il est, à compter de la date de signature du présent arrêté, strictement interdite la sortie frauduleuse des céréales de la Région de l'Extrême-Nord vers les pays voisins. »
Cette double suspension s'explique par des facteurs climatiques et économiques, avec pour but le maintien de la production sur le territoire. D'une part, la décision s'appuie sur les prévisions de l'Observatoire National sur les Changements Climatiques (ONACC), qui anticipe une baisse de la pluviométrie pour la campagne agricole en cours, associée à des risques d'inondations pouvant détruire les plantations. D'autre part, la mesure vise à contenir les pertes de la Société d'expansion et de modernisation de la riziculture de Yagoua (SEMRY). Cette entreprise publique, subventionnée par l'État pour produire du riz non décortiqué, voit une partie de ses volumes transiter par les circuits informels vers l'étranger.
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Bien que l'administration douanière ne fournisse pas de chiffres sur les volumes concernés par cette contrebande, la restriction cible l'approvisionnement des pays limitrophes, notamment le Tchad et le Nigeria. Sur le plan national, cette interdiction impose la réorientation des stocks vers le marché intérieur, consolidant l'offre alimentaire pour les ménages face aux risques de déficit. Pour faire appliquer la mesure, le gouverneur prévoit des sanctions juridiques. « Tout contrevenant à la mise en œuvre du présent arrêté s'expose à des sanctions appropriées prévues par la réglementation en vigueur », précise le document.
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Ces sorties de denrées s'inscrivent dans le défi de l'évaluation des politiques publiques au Cameroun et en zone CEMAC. Lors du lancement du budget 2024 à Maroua, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, avait soulevé la question de la réexportation des produits subventionnés. Alors que l'État accorde des exonérations de taxes à l'importation sur les intrants agricoles pour stimuler la production, ces sorties transfrontalières transfèrent l'effort fiscal du Cameroun au profit des consommateurs des pays voisins. Rappelons que le Cameroun produit environ 340.000 tonnes de riz paddy par an, selon les données de l'organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture ( FAO ).
Par Ange Daïna Ngouégni (stagiaire)
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