Le processus de numérisation complète des actes d'état civil (actes de naissance, de décès et de mariage) au Cameroun est encore loin de s’achever. Lancée en 2020 l'opération pilotée par le Bureau national d'état civil (Bunec), patine faute de financements. Alexandre Marie Yomo, directeur général de cet établissement public, a de nouveau porté ce plaidoyer, le 14 septembre 2026, sur les antennes de la télévision nationale. « Il y a des contraintes financières, comme je le dis, mais nous pensons que les solutions sont en train d'être trouvées par la coopération, les partenaires techniques et financiers […] Nous avons un plan stratégique, et nous pensons que, si nous obtenons les moyens que nous sollicitons, nous devrions pouvoir atteindre la complétude en 2029-2030 », a-t-il indiqué.
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À en croire les chiffres du DG du Bunec, le projet est désormais évalué à plus de 50 milliards de FCFA (précisément 52 milliards FCFA) qu'il faut mobiliser. Pourtant, l'institution n'était même pas parvenue à réunir les 27 milliards FCFA estimés en 2018 par un consultant recruté par la coopération allemande, ce qui laisse planer un doute sur sa capacité à relever ce nouveau défi. De plus, la phase pilote n'a permis de numériser que 60 centres principaux d'état civil sur les 432 que compte le pays, y compris les centres de la diaspora et les centres spéciaux, au nombre de 149. Ce qui porte le taux d'avancement à 13,9 %. Ce taux n'a guère évolué depuis avril 222, où l'on comptait déjà 42 centres numérisés. Le DG du Bunec, intervenant par le même canal, citait alors huit municipalités de Yaoundé et de Douala, ainsi que 28 autres communes du pays, tandis que le Pnud avait numérisé huit municipalités de l'Extrême-Nord, et que la coopération allemande (GIZ) et la coopération coréenne (JICA) étaient intervenues pour 20 autres communes.
L'incertitude entourant la digitalisation des actes d'état civil interroge la capacité des pouvoirs publics à endiguer une fraude qui pèse lourdement sur les caisses de l'État. En juin dernier, un comité d'audit formé par le ministère des Finances a déclenché une vaste opération de contrôle, révélant une hausse de 55 % du nombre d'enfants déclarés par les agents publics en moins de deux ans. Le fichier de la Solde est passé de 594 728 bénéficiaires en juin 2024 à 923 307 en mars 2026, pour seulement 176 222 agents percevant des allocations familiales. Résultat, l'enveloppe consacrée à ces allocations a bondi de 21 à 38 milliards FCFA par an (+81 %), soit près de 3,2 milliards FCFA déboursés chaque mois, contre 1,7 milliard avant leur revalorisation en février 2024. Ces soupçons reposent sur de nombreuses anomalies : 19 191 agents ont déclaré au moins dix enfants à charge, et le fichier recense 93 312 cas de jumeaux, 6 107 triplés, 1 554 quadruplés, 330 quintuplés et 148 sextuplés.
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Pour Alexandre Marie Yomo, une numérisation intégrale de l'état civil engendrerait plusieurs retombées économiques. Au-delà de sa fonction juridique, elle jouerait un rôle statistique pour orienter les politiques publiques, et renforcerait l'interopérabilité entre administrations : la Sureté nationale pour les passeports et la carte nationale d’identité, le ministère des Finances pour les salaires, pensions et audits, le ministère des Transports pour les titres de transport, etc. Le système générerait ainsi lui-même les listes électorales, rendant secondaires, les recensements que l'État est aujourd'hui contraint d'organiser.











