« Nous ne sommes pas venus vous présenter un Cameroun où tout serait déjà accompli. Mais nous pouvons regarder avec confiance le chemin parcouru », a lancé Louis-Paul Motazé, ministre des Finances de la République du Cameroun, devant un parterre de banquiers, d'assureurs et d'institutions de financement du développement réunis les 9 et 10 septembre à Marlborough House, à Londres.
Objectif de ce « market sounding » organisé par le Commonwealth Enterprise and Investment Council (CWEIC), tester l'appétit du marché avant de nouvelles opérations de financement. Autour du chef de la délégation figuraient le ministre délégué chargé de la Planification, Paul Tasong, le ministre délégué en charge de la Coopération avec le Commonwealth, Félix Mbayu, ainsi que le directeur général du Trésor, Sylvester Moh Tangongho, et le directeur général de la Caisse autonome d'amortissement (CAA), Adolphe Noah Ndongo. Une dizaine de hauts cadres du ministère des Finances et du ministère de l'Environnement complétaient le dispositif.
Une économie qui a décroché du pétrole
Pour tenter de rassurer les investisseurs, le gouvernement a d’abord sorti ses fondamentaux. Malgré une baisse de 6,6 % de l’extraction d’hydrocarbures en 2025, la croissance s’est maintenue à 3,5 % pour la troisième année consécutive. Les activités hors pétrole représentent désormais près de 98 % du PIB et le Cameroun pèse 44 % de l’économie de la CEMAC. La dette publique, elle, ressort à environ 43 % du PIB, loin du plafond communautaire de 70 %.
Cependant, les investissements directs étrangers ne suivent plus. Leur stock, qui avait culminé autour de 560 milliards FCFA en 2022, est retombé à environ 473 milliards, soit 1,2 % du PIB. Or la SND30 représente quelque 88 000 à 89 000 milliards de FCFA d’investissements, dont 45 % doivent être apportés par les partenaires au développement et le secteur privé. Cela suppose de mobiliser autour de 1 500 milliards de FCFA par an, soit plus de trois fois le stock actuel d’IDE.
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C’est ce fossé que Yaoundé tente de combler en changeant de méthode. « L’État ne peut pas réaliser seul cette transformation », a reconnu Motazé. Le Cameroun veut désormais combiner garanties, partage des risques, financements mixtes et obligations ESG. Le ministre a même ouvert la porte, « lorsque les conditions seront réunies », aux Sukuk, aux Panda Bonds et aux Samurai Bonds, afin d’aller chercher des investisseurs sur de nouveaux marchés. Cette diversification répond aussi à une autre contrainte : la dette camerounaise reste relativement contenue, mais elle coûte de plus en plus cher. Les intérêts devraient absorber 9,5 % des recettes publiques en 2026, contre 6,9 % en 2021. Autrement dit, le problème de Yaoundé n’est plus seulement de trouver de l’argent, mais de l’obtenir à des conditions qui ne réduisent pas progressivement ses marges budgétaires
En attendant le FMI
En parallèle, le Trésor camerounais multiplie les montages transitoires. Un prêt de 200 millions d'euros [environ 131 milliards de F CFA] a été bouclé cette année avec Standard Chartered, sur une maturité initiale de trois mois, en attendant son remboursement par un emprunt ESG principal de 690 millions de dollars [414 milliards de F CFA], structuré sur quinze ans dont cinq de différé. L'opération s'adosse à un mécanisme de garantie associant la BAD, l'Africa Trade & Investment Development Insurance (ATIDI) et l'Africa Finance Corporation (AFC), avec Matha Capital comme arrangeur unique.
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Le dossier le plus attendu reste toutefois celui d'un nouvel accord avec le Fonds monétaire international (FMI), dont le précédent programme s'est achevé le 28 juillet 2025. Une équipe technique du Fonds séjournait encore récemment à Yaoundé, et les autorités espèrent une signature lors des Assemblées annuelles du FMI, prévues à Bangkok du 12 au 18 octobre. En avril, l'agence Fitch Ratings avait déjà anticipé la conclusion d'un tel accord d'ici la fin de l'année, la jugeant déterminante pour la confiance des investisseurs.










