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Réhabilitation de la Sonara : le gouvernement camerounais invité à revoir sa copie pour convaincre les investisseurs

Réunis à Yaoundé dans le cadre d'un Market Sounding, les investisseurs potentiels ont salué la volonté du Cameroun de reconstruire sa raffinerie. Cependant, ils demandent une capacité plus compétitive, des garanties financières renforcées et un meilleur partage des risques avant de s’engager

Publiée vendredi 3 juillet 2026 à 14:49:18Modifiée vendredi 3 juillet 2026 à 14:49:20Temps de lecture 5 minPar Justin Blaise Akono

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Réunis à Yaoundé dans le cadre d'un Market Sounding, les investisseurs potentiels ont salué la volonté du Cameroun de reconstruire sa raffinerie. Cependant, ils demandent une capacité plus compétitive, des garanties financières renforcées et un meilleur partage des risques avant de s’engager.

Deux jours pour convaincre les investisseurs de financer la réhabilitation et la modernisation de la Société nationale de raffinage (Sonara). Les 30 juin et 1er juillet à Yaoundé, le gouvernement a réuni 167 participants représentant l'ensemble de la chaîne de valeur du projet : industriels, opérateurs, banques, traders pétroliers, conseils financiers, investisseurs institutionnels et cabinets juridiques. Objectif : recueillir leurs recommandations afin de renforcer la bancabilité du projet avant le lancement de l'appel à manifestation d'intérêt. En toile de fond, l'ambition de permettre au Cameroun de retrouver sa capacité de raffinage, perdue depuis l'incendie qui a détruit l'unique raffinerie du pays en 2019.

Lire aussi: SONARA : le Cameroun sonde le marché pour une raffinerie plus moderne

Le défi de la taille critique

Mais à l'issue des échanges, plusieurs investisseurs sont restés sur leur faim. Organisée pour recueillir leurs observations avant le lancement de l'appel à manifestation d'intérêt, la rencontre a surtout mis en lumière plusieurs interrogations sur la bancabilité du projet. La première concerne la taille de la future raffinerie. Le projet prévoit une capacité de traitement de 3,5 millions de tonnes métriques par an, contre 2,1 millions de tonnes pour l'ancienne Sonara, avec un investissement estimé à près de 700 milliards de FCFA. Selon les promoteurs, 80 % de cette capacité seraient destinés à satisfaire la demande nationale actuelle, le surplus devant alimenter les marchés d'exportation et conforter l'ambition du Cameroun de devenir un hub régional de raffinage.

Or, pour plusieurs investisseurs, cette configuration reste insuffisante pour assurer la rentabilité du projet. Selon le rapport de la Commission multisectorielle d'accompagnement à la conclusion, à la mise en œuvre et au suivi du contrat de partenariat public-privé, les standards internationaux situent plutôt le seuil de rentabilité autour d'une capacité minimale de 5 millions de tonnes métriques par an. Les réserves ne s'arrêtent pas là. Le délai de six mois, prévu pour boucler le financement après la signature du contrat a lui aussi été jugé trop ambitieux. Plusieurs participants ont estimé qu'un horizon compris entre douze et vingt-quatre mois, avec une cible d'environ dix-huit mois, serait davantage en phase avec les exigences des institutions financières de développement.

Lire aussi: Cameroun : 479 milliards FCFA sécurisés à la BEAC en 5 ans pour apurer la dette de la Sonara

Des garanties encore jugées insuffisantes

Autre point de vigilance : les garanties offertes par l'État. Celui-ci met en avant la Ligne 30, destinée à alimenter un compte de réserve. Les investisseurs estiment toutefois que ce mécanisme devra être renforcé, tant sur le plan financier que juridique, afin d'offrir un niveau de sécurité conforme aux standards du financement international. Car, ont-ils souligné, la performance d'un tel projet dépend autant de la qualité de l'outil industriel que de la gouvernance et du management opérationnel de la future Sonara.

Enfin, plusieurs intervenants ont appelé à élargir la matrice des risques présentée dans le cadre du partenariat public-privé de type DBFM (Design, Build, Finance and Maintain). Ils souhaitent y voir intégrés des risques jugés déterminants pour une activité de raffinage, notamment l'approvisionnement en pétrole brut -en l'absence d'un contrat formalisé avec la Société nationale des hydrocarbures (SNH) -, la volatilité des cours du pétrole, les fluctuations des devises utilisées pour les importations ainsi que l'inflation des coûts de construction. Autant de paramètres qui pèseront sur la rentabilité d'un projet appelé, à terme, à permettre au Cameroun de raffiner localement un pétrole brut qui continue aujourd'hui d'être exporté faute d'infrastructures adaptées.

Lire aussi: Cameroun : trois banques internationales prêtes à financer la relance de la Sonara

Pour autant, les investisseurs n'ont pas remis en cause le principe même du projet. Le recours à un partenariat public-privé a globalement fait consensus, tout comme la démarche consistant à consulter le marché avant le lancement de l'appel à manifestation d'intérêt. Plusieurs participants ont salué cette approche, estimant qu'elle permettrait d'ajuster le projet aux attentes des bailleurs et des partenaires industriels.

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