Ce lundi 14 septembre 2026, la situation perdure. De Ndogpassi à Pk14 en passant par Ndokoti et Dakar, le phénomène est le même. À moto ou à pied, le mouvement de la tête en signe de non dans les stations-services et chez les revendeurs change l'expression faciale des habitants de Douala. Le gaz domestique distribué par les sociétés Bocom, Neptune et Tradex, entres autres, devient rare dans la capitale économique camerounaise. Depuis près de deux semaines, plusieurs points de vente sont en rupture de stock. Les consommateurs se rendent dans plusieurs stations de service sans trouver réponse à leur demande. D'autres sont obligés de changer de marketeur.
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À Tradex Ndokoti, Marius, un pompiste, confirme la difficulté et l’explique par « une forte demande, surtout de la part des ménages qui utilisaient SCTM et se sont retournés vers Tradex ». Dans d’autres points de vente, les responsables restent prudents sur la question de la pénurie. Certains espèrent être livrés cette semaine. Pour les consommateurs, cette situation commence à bouleverser leurs habitudes. « Mon livreur m'a dit qu'il n'a ni Camgaz, ni Neptune. J'ai même demandé Bocom, qui n’en a pas aussi. Je suis obligée d’utiliser le charbon comme avant », se lamente Hélène. Les plaintes remontent à Yaoundé, la capitale politique camerounaise.
SCTM, l'acteur qui a disparu des radars
La Société camerounaise de transformation métallique (SCTM), longtemps leader de la distribution de gaz domestique au Cameroun, a quasiment disparu des points de vente depuis plusieurs semaines. En cause, un différend financier avec la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP), gestionnaire des infrastructures de stockage du pays, qui lui refuse désormais l'enlèvement de ses volumes de gaz en raison d'arriérés de paiement non réglés. Longtemps la question est restée sans réponse officielle, SCTM elle-même évoquant de simples « contraintes techniques d'approvisionnement ». Mais le 28 août, dans un entretien à Cameroon Tribune, le ministre de l'Eau et de l'Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a confirmé la nature financière du blocage et annoncé avoir chargé la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) de mener des concertations entre SCTM et ses créanciers.
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La crise SCTM s'ajoute à une fragilité plus ancienne du marché camerounais du gaz domestique. Depuis l'incendie qui a ravagé la Sonara en 2019, le pays dépend presque intégralement des importations pour ses produits pétroliers. Pour le GPL, la dépendance s'est encore accentuée avec le départ, le 4 août dernier, du navire-usine Hilli Episeyo, qui assurait une partie de la production locale au large de Kribi. La Société nationale des hydrocarbures (SNH) a assuré que l'unité de traitement de Bipaga continuerait de fournir 30 000 tonnes de GPL par an au marché local malgré ce retrait. Sur ce marché déjà tendu, la demande continue de croître : la consommation nationale de gaz domestique a progressé de 13 % en 2025, portée par près de 49 milliards de FCFA de subventions publiques destinées à maintenir le prix de la bouteille de 12,5 kg à son tarif officiel de 6 500 FCFA. Les importations de butane suivent la même trajectoire, passées de 145 163 tonnes en 2024 (59 milliards de FCFA) à 150 420 tonnes en 2025 (56,1 milliards de FCFA), après un creux à 102 088 tonnes en 2023.
Stock et Stockage
Le marché actuel reste toutefois nettement plus disputé qu'il y a dix ans. Sur les sept premiers mois de 2026, Tradex domine désormais le classement des distributeurs avec 18 772 tonnes écoulées (14,12 % du marché), juste devant SCTM (17 692 tonnes, 13,31 %). TotalEnergies (11,72 %) et OLA Energy (8,85 %) suivent. Le nombre de distributeurs actifs est ainsi passé de 5 avant les années 2000 à 22 aujourd'hui, ce qui facilite le report des consommateurs vers d'autres marques au prix, toutefois, de l'achat ou de l'échange d'une bouteille compatible, comme en témoignent les reports observés vers Tradex à Ndokoti.
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Or, les distributeurs semblent à bout pour satisfaire la demande. L’un d’entre eux approvisionnent ses stations-services tous les deux jours alors que la forte demande est quotidienne. N’ayant pas pu avoir la version officielle pour la citer, de sources officieuses expliquent que l’entreprise n’était pas préparée à prendre le relai de la SCTM défaillante depuis plusieurs mois.
Le gouvernement a lancé fin août 2026 un appel d’offres pour 60 000 tonnes métriques de GPL afin de garantir l’approvisionnement du marché au second semestre 2026. Ce volume représente près de 40 % des importations camerounaises de butanes liquéfiés enregistrées en 2025. Cette opération doit permettre une disponibilité réelle du produit dans les points de vente à Douala.
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Si les différents opérateurs en activité semblent dans l’incapacité de satisfaire la demande, l’offre de butane actuelle répond-elle à la demande ? Une question restée sans réponse après que les institutions en charge de la question ont été approchées. Et pourtant, la SCDP a récemment mis en service à Bonabéri (à Douala) la sphère n°6, d’une capacité de 1 000 tonnes métriques. Cette installation a fait passer les capacités de stockage de GPL du dépôt de 2 500 à 3 500 tonnes. Cela représente une hausse de 40 %. L’entreprise publique veut ainsi avoir plus de marge de manœuvre pour répondre à la hausse de la demande et réduire les risques de rupture.













