Depuis plusieurs semaines, les bonbonnes orange de la Société camerounaise de transformation métallique (SCTM), autrefois omniprésentes auprès des revendeurs, ont disparu des circuits de distribution nationaux. Si les consommateurs redoutent une pénurie, les autorités assurent que l'approvisionnement national reste normal. Selon les informations recueillies par EcoMatin, cette absence résulte avant tout d'un différend financier entre la SCTM et la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP), principal gestionnaire des infrastructures de stockage du pays.
Un différend financier aux lourdes conséquences
Contacté par EcoMatin, SCTM évoque de simples « contraintes techniques d'approvisionnement » pour expliquer cette rupture d’approvisionnement et accuse la SCDP de lui refuser les autorisations d'enlèvement de gaz. De son côté l'entreprise publique explique que les livraisons ont été suspendues en raison d'importants arriérés de paiement accumulés par le distributeur, sans toutefois en révéler le montant. La Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH), régulateur de la filière, confirme l'existence de cette dette tout en rappelant que la décision de suspendre l'approvisionnement d'un opérateur ne relève pas de la seule SCDP. « Ce n'est pas la SCDP qui décide de suspendre un marketer indélicat, mais le gouvernement à travers le ministre de l'Eau et de l'Énergie », explique une source de l'organisme. « En pratique, lorsqu'un opérateur ne respecte plus ses engagements financiers, son droit d'enlever les produits stockés peut être suspendu jusqu'à régularisation de sa situation».
Les rouages d'une filière sous tension
Depuis l'incendie de la Sonara en mai 2019, le Cameroun couvre l'essentiel de ses besoins en produits pétroliers raffinés grâce aux importations. Pour le gaz domestique (GPL), la situation est plus nuancée. Une partie de la demande est satisfaite par la production nationale issue du centre de traitement de gaz de Bipaga, exploité par la Société nationale des hydrocarbures (SNH), tandis que le complément est importé pour répondre à une consommation en constante progression.
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En 2023, la production locale n'a couvert qu'environ 17 % de l'approvisionnement national, les 83 % restants provenant de l'étranger.
Qu'il soit produit localement ou importé, le GPL transite ensuite par les infrastructures de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP), qui dispose d'une capacité de stockage d'environ 4 970 tonnes métriques de gaz domestique (à fin 2024). Les distributeurs, appelés marketeurs, y enlèvent leurs volumes après avoir acquitté les frais de stockage et de manutention. C'est précisément à ce niveau que se situe aujourd'hui le différend entre la SCTM et la SCDP, l'entreprise publique estimant que le distributeur ne s'est plus acquitté de certaines de ses obligations financières.
Les difficultés structurelles d'un ancien leader
Longtemps leader de la distribution du gaz domestique, l'entreprise a progressivement perdu du terrain face à des concurrents comme Tradex, TotalEnergies, MRS ou Green Oil, qui commercialisent directement leurs bouteilles dans leurs stations-service. À l'inverse, la SCTM dépend essentiellement d'un réseau de revendeurs indépendants, régulièrement critiqué pour des pratiques de siphonnage des bouteilles qui ont érodé la confiance des consommateurs.
Les difficultés financières de la SCTM ne sont d'ailleurs pas nouvelles. Dès le milieu des années 2010, l'entreprise faisait déjà face à des tensions de trésorerie qui avaient conduit ses partenaires de la filière à menacer de suspendre ses approvisionnements pour des impayés se chiffrant en milliards de francs CFA. Cette nouvelle crise intervient dans un marché pourtant en pleine expansion. La consommation de gaz domestique a progressé de 13 % en 2025, soutenue par près de 49 milliards de FCFA de subventions publiques, renforçant l'enjeu d'un approvisionnement fluide dans un secteur devenu beaucoup plus concurrentiel.
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