Au Cameroun, la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH), régulateur du secteur, est désormais chargée de dénouer la crise qui frappe la Société camerounaise de transformation métallique (SCTM). Les bonbonnes orange du distributeur se raréfient dans les points de vente, provoquant de fortes tensions d'approvisionnement. Dans une interview accordée au quotidien Cameroon Tribune ce vendredi 28 août, le ministre de l'Eau et de l'Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a indiqué que la situation de l'entreprise mobilise pleinement l'attention des pouvoirs publics. « Au regard de la place de cet opérateur dans la chaîne de distribution du gaz domestique et des conséquences que ses difficultés peuvent avoir pour une partie des consommateurs, le gouvernement a instruit le directeur général de la CSPH de mener des concertations entre la SCTM et ses créanciers – les importateurs de GPL – afin de trouver des solutions relatives à l'apurement de ses dettes », a-t-il précisé.
Rappelant que la SCTM reste un acteur important du marché du gaz de pétrole liquéfié (GPL), après avoir contrôlé jadis plus de 50 % des parts, le ministre plaide pour une résolution rapide afin de limiter l'exposition des ménages. « Il apparaît donc normal que les détenteurs de bouteilles de cette marque connaissent des désagréments liés à la disponibilité dudit produit sur le marché national », a-t-il concédé.
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Cette intervention gouvernementale vient contredire la ligne de défense initiale de la SCTM. Contactée par EcoMatin le 6 juillet dernier, la direction de l'entreprise évoquait de simples « contraintes techniques d'approvisionnement » et accusait la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) de lui refuser les autorisations d'enlèvement de gaz. La réalité s'avère avant tout financière. La CSPH a depuis confirmé que les suspensions de livraison découlaient d'importants arriérés de paiement accumulés par le distributeur - sans en préciser le montant -, tout en rappelant que la décision de bloquer l'approvisionnement d'un opérateur ne relève pas de la seule compétence de la SCDP.
Sur le terrain, l'impact de cette crise de trésorerie est direct. La raréfaction, partielle ou totale, des bonbonnes SCTM a entraîné une flambée généralisée des prix sur le marché parallèle. Selon plusieurs sources concordantes, des revendeurs exigent désormais près du double du tarif officiel, fixé à 6 500 FCFA. La charge de 12,5 kg se négocie ainsi entre 12 000 et 13 000 FCFA sur le marché noir.
Longtemps leader sur la distribution du gaz domestique, l'entreprise a progressivement cédé du terrain face à des concurrents structurés (Tradex, TotalEnergies, MRS, Green Oil), qui s'appuient sur leurs propres réseaux de stations-service. La SCTM dépend, à l'inverse, d'un maillage de revendeurs indépendants, un circuit régulièrement pointé du doigt pour des pratiques de siphonnage qui ont altéré la confiance des consommateurs.
Les difficultés financières de l'opérateur sont par ailleurs endémiques. Dès le milieu des années 2010, des tensions de trésorerie similaires avaient poussé ses partenaires à menacer de couper les approvisionnements pour des impayés évalués à plusieurs milliards de FCFA. Ce nouveau soubresaut intervient paradoxalement dans un marché national en pleine croissance, où la consommation globale de gaz domestique a bondi de 13 % en 2025.
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