L’Union de Banques Arabes et Françaises (UBAF), le groupe bancaire néerlandais ING et Mauritius Commercial Bank (MCB) se disent prêtes à soutenir financièrement la reconstruction et la modernisation de la Société nationale de raffinage (Sonara), unique raffinerie du Cameroun, partiellement détruite lors d’un incendie survenu le 31 mai 2019. C’est ce qui ressort des échanges tenus le 17 juin à Yaoundé entre le top management de la Sonara et les délégations de ces trois institutions financières internationales. « Cette rencontre marque une étape cruciale dans leur volonté d’accompagner la relance industrielle camerounaise à travers des solutions de financement innovantes et adaptées aux enjeux stratégiques du secteur. Portées par un fort appétit bancaire pour le marché camerounais, ces institutions considèrent la Sonara comme un levier de croissance incontournable », a indiqué la Sonara.
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Le même jour, la China National Chemical Engineering Company (CNCEC) a également présenté son expertise en ingénierie industrielle, qu’elle souhaite mettre à profit pour renforcer la compétitivité de la Sonara. Ces annonces interviennent après la réunion interministérielle présidée le 5 juin dernier par le Premier ministre Joseph Dion Ngute sur le dossier de réhabilitation. Celui-ci a jugé excessif le délai de 42 semaines fixé à Axens (groupe français en charge de l’étude de faisabilité du projet) et demandé une accélération du processus.
Importations massives
L’incendie survenu à fin mai 2019 avait endommagé quatre unités principales de production sur 13. Depuis lors, le Cameroun est plus que jamais dépendant des importations. Au cours de la troisième édition de la Finance Week le 17 juin 2025 à Yaoundé, le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui, a indiqué que les six pays de la Cemac (Cameroun, RCA, Congo, Gabon, Tchad et Guinée Équatoriale) dépensent environ 2 000 milliards de Fcfa par an pour importer les produits pétroliers (super, gasoil, pétrole lampant, gaz domestique, etc.). Pourtant, excepté, la Centrafrique, les cinq autres pays sont producteurs du brut, matière première indispensable à la production de toutes les sources supra indiquées.
Pour inverser la courbe, le patron de la Banque centrale (BEAC) a encore, comme au cours de la conférence de presse à l’occasion de la 2e session ordinaire du Comité de politique monétaire (CPM) de la BEAC de l’année 2024, appelé le Cameroun à concrétiser (enfin) le projet de réhabilitation de la Sonara attendu depuis au moins trois ans. « Je saisis également cette tribune pour adresser un appel particulier : nous attendons du Cameroun qu’il accélère la réhabilitation de la Sonara (Société Nationale de Raffinage). Aujourd’hui, l’une des principales sources de pression sur nos réserves de change demeure l’importation massive de produits pétroliers. Il est donc impératif de créer davantage de valeur ajoutée à partir de nos ressources locales, en particulier le pétrole, en développant des capacités de transformation sur place et en assurant une offre locale des produits dérivés », a-t-il confié à la presse.
Outre la BEAC, d’autres institutions à l’instar du Fonds monétaire international (FMI), ne lâchent pas la pression sur Yaoundé. En concluant à fin janvier 2025 les 7e revues de la Facilité élargie de crédit et du Mécanisme élargi de crédit ainsi que de la 2e revue de la Facilité de résilience et de durabilité, l’institution de Bretton Woods a exhorté une fois de plus « les autorités à faire avancer les travaux en suspens depuis longtemps sur le plan de restructuration de la Sonara ». Au départ estimé à 250 milliards de Fcfa, le coût de la reconstruction et la durée prévisionnelle des travaux de la Sonara seront déterminés par l’entreprise Axens dans les prochains mois.
300 milliards de Fcfa déjà mobilisés
Pour mémoire, après l’incendie en 2019, le président de la République Paul Biya a ordonné la modification de la structure des prix des produits pétroliers. Une nouvelle ligne de 47,88 Fcfa/litre, correspondant à une taxe de soutien à la raffinerie, a été introduite en vue de mobiliser les ressources nécessaires à la réhabilitation de cette entreprise stratégique. Lors de son passage à l’Assemblée nationale en novembre 2023, le ministre de l’Eau et de l’Energie (Minee) Gaston Eloundou Essomba faisait état de près de 300 milliards de Fcfa déjà prélevés à cet effet. « En ce qui concerne la ligne de 47,88 Fcfa/litre pour le soutien à la raffinerie, depuis la mise en place du nouveau mécanisme en mars 2020, un montant de 270 milliards Fcfa a déjà été reversé au 30 septembre 2023 dans les comptes de la BEAC », rassurait le membre du gouvernement.
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