Le projet de fer de Nkout reste suspendu à un différend entre deux anciens créanciers de son précédent opérateur. Caisse Capital, société d’investissement de l’homme d’affaires camerounais Colin Mukete, conteste les conditions dans lesquelles la Libyan Foreign Bank (LFB) a pris le contrôle de Cameroon Mining Exploration (Caminex), détenteur historique du projet, et réclame que ses droits soient pris en compte dans le nouveau montage. Faute d’accord entre les deux parties, Yaoundé n’a toujours pas signé la convention minière qui devait permettre de relancer l’exploitation.
Le dossier est suffisamment sensible pour avoir déjà remonté jusqu’au ministre des Mines. Me Etah Akoh David, avocat de Caisse Capital, affirme l’avoir saisi à plusieurs reprises, encore en juin-juillet 2026. « Le ministre m’a dit qu’on ne peut pas signer la convention alors que ce problème n'est pas réglé », confie-t-il à EcoMatin. Cette situation contrarie le schéma préparé depuis fin 2025 par le gouvernement. Yaoundé avait alors engagé la relance de Nkout autour d’un consortium associant Delta Resources Cameroon, appelé à porter le développement opérationnel du projet, et la LFB. Mais Caisse Capital, restée en dehors de ces négociations, conteste ce montage.
Bataille pour le contrôle de Caminex
Tout part de la faillite d'International Mining and Infrastructure Corporation (IMIC), le groupe britannique qui a exploré Nkout entre 2012 et 2018 via sa filiale locale Cameroon Mining Exploration (Caminex). IMIC ne rembourse plus ses créanciers. La Libyan Foreign Bank, qui lui avait prêté 200 millions de dollars au rang de dette senior, obtient de la justice londonienne le rachat des actions de Caminex. Une prise de contrôle sèche, actée à l'étranger, sans consultation des autres créanciers.
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Caisse Capital en était pourtant un. La société de Colin Mukete avait avancé 5 millions de dollars ( environ 2,2 milliards de FCFA) à IMIC. Un montant dérisoire face aux 200 millions de la banque libyenne, mais qui vaut à Caisse Capital de revendiquer, elle aussi, une part du contrôle de Caminex. Dès le 22 novembre 2024, Me Etah écrit au ministère des Mines que « l'intrusion de la LFB dans les affaires de Caminex ne repose sur aucune base légale ».
La banque libyenne, elle, ne l'entend pas ainsi.Des sources proches de la banque estimaient en août 2025 que la créance de 5 millions de dollars ne justifiait pas une entrée de Caisse Capital au capital. Une indemnisation dans le cadre d’un règlement amiable lui avait été proposée, sans succès.
Un ministère par intérim, un dossier sans arbitre
Le différend n’avait pas empêché Yaoundé d’annoncer la relance du projet. Le 19 décembre 2025, le ministre des Mines par intérim, Fuh Calistus Gentry, recevait le consortium Delta-LFB avec pour objectif affiché une « mise en production immédiate ». La signature de la convention et du permis devait alors permettre un démarrage dans un délai de six mois. La veille, une mission s’était rendue sur le terrain pour identifier les sites et engager les discussions foncières avec les populations. Mais neuf mois plus tard, la convention n’est toujours pas signée. Nkout accumule ainsi les reports : annoncé pour fin 2024 lors de la CIMEC, le démarrage avait ensuite glissé à 2025, puis 2026, avant qu’une exploitation ne soit désormais envisagée en 2027.
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Le gouvernement échange avec les différentes parties sans avoir, jusqu’ici, réglé leur différend. Certains analystes du secteur considèrent que le statut de Fuh Calistus Gentry, qui assure l’intérim du ministère depuis le décès de Gabriel Dodo Ndoke en 2023, complique également la prise d’une décision sur un dossier aussi sensible. Selon eux, un arbitrage de la présidence pourrait être nécessaire.
La menace du contentieux
Caisse Capital prévient déjà qu’elle contestera une convention qui serait signée sans règlement préalable du différend. « Si la convention est signée [en l'état], je vais demander que cette convention soit annulée », affirme Me Etah. Et l’avocat d’ajouter : « Quelle est cette institution qui va donner l'argent, sachant que pour le document de base, la convention, on a sollicité son annulation ? »
La menace est particulièrement sensible pour Yaoundé après le contentieux qui l’a opposé à Sundance Resources sur le projet de fer de Mbalam-Nabeba. J’éviterais toutefois de présenter les deux affaires comme “structurellement proches” : les configurations juridiques ne sont pas identiques. Le précédent Sundance suffit, à lui seul, à expliquer pourquoi les autorités peuvent vouloir éviter l’ouverture d’un nouveau front contentieux dans le secteur minier.
En attendant, Nkout reste à l’arrêt. Exploré entre 2012 et 2018, le gisement renferme environ 2,7 milliards de tonnes de ressources à 32 % de fer. Le projet prévoit quelque 200 millions de dollars d’investissement, soit environ 120 milliards de FCFA, pour une production de 1 à 2 millions de tonnes par an. Avant d’en arriver là, Yaoundé doit encore résoudre la bataille autour des droits sur Caminex et signer la convention minière qui permettra au projet de repartir.
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