Au Cameroun, 43 entreprises locales ont été identifiées comme ayant abandonné l'exécution d'au moins un marché public au cours des exercices 2023, 2024 et 2025. Selon un communiqué du ministre délégué à la présidence de la République chargé des marchés publics (Minmap), Ibrahim Talba Malla, ces prestataires avaient pourtant été sélectionnés pour au moins 71 projets. Trois régions sont concernées. L'Adamaoua totalise 10 entreprises ayant abandonné 15 projets au cours de la période sous revue, pour un montant estimé à 590 millions de FCFA. À l'Extrême-Nord, 46 projets ont été abandonnés par 25 entreprises, pour un coût évalué à 1,02 milliard de FCFA. Dans la région de l'Ouest, sept entreprises sont épinglées pour l'abandon de 10 projets, dont le coût n'a pas été précisé. Tout porte cependant à croire que l'ensemble des projets abandonnés dans ces trois régions atteindrait près de 2 milliards de FCFA.
On observe que les communes sont maîtres d'ouvrage de 93 % des projets abandonnés, contre 5,6 % pour les conseils régionaux et 1,4 % pour une université. Les mentions les plus fréquentes sont « abandon », « travaux à l'arrêt », voire l'absence totale de document contractuel ou d'information disponible. Au moins 40 projets ont largement dépassé les délais contractuels d'exécution, jusqu'à plus de 1 000 %. Certains projets n'ont même jamais démarré et affichent par conséquent un taux d'exécution de 0 %. C'est le cas du projet de construction de deux blocs de logements d'astreinte pour enseignants à Mayo-Baléo (lot 2), dans l'Adamaoua, ou encore de la construction d'infrastructures socioéducatives dans certains établissements secondaires de la même région.
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Il existe également des cas où les entreprises se sont bien déployées sur le terrain, mais, n'ayant pas été payées, ont fini par déserter le chantier. Dans l'Extrême-Nord par exemple, 30 projets affichent un taux de paiement de 0 %. Certaines entreprises ont atteint un taux d'exécution allant jusqu'à 75 % avant d'arrêter les travaux, tandis que d'autres attendent le paiement pour se déployer. C'est le cas de la réhabilitation de deux blocs de salles de classe à l'école publique de Maporé, ou encore de la construction d'un bloc maternel à l'école maternelle de Barlang. À l'inverse, certains projets affichent un taux de paiement de 100 % pour un niveau d'exécution quasiment nul.
Dans ce registre, la réalisation de 540 tables-bancs et 30 bureaux de maîtres dans certaines écoles publiques de la commune de Waza n'est exécutée qu'à 10 %, contre un taux de paiement de 100 %. Même constat pour la réhabilitation des salles de classe dans certaines écoles primaires de la commune de Waza, pour 44,9 milliards de FCFA, projet attribué à Dribrine et Fils.
Ainsi, dans le cadre de cette poursuite de l'assainissement du secteur des marchés publics, et en perspective de la résiliation imminente desdits marchés, le ministre « accorde un délai de 21 jours aux prestataires concernés, à l'effet de prendre ou d'achever les travaux en question et de l'en informer, ou alors de produire les justificatifs nécessaires à même de sous-tendre leur retrait de la liste établie ».
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Globalement, cette situation impacte négativement l'environnement socio-économique des régions concernées. À en croire l'Institut national de la statistique (INS), le Cameroun est passé de 4,3 millions d'élèves au primaire en 2019 à 4,9 millions en 2022. En revanche, le nombre d'établissements a subi une baisse, passant de 22 433 à 22 074 à la même période, soit une diminution de 359 écoles en trois ans (-1,6 %). À cette liste viennent se greffer des projets d'adduction d'eau potable, d'électrification, de construction de centres de santé et de logements d'astreinte, dans un contexte où les disparités d'accès à ces besoins sociaux perdurent entre les zones rurales et les zones urbaines.
Rappelons qu'en 2024, le Minmap avait identifié 230 projets sociaux en abandon au cours des exercices 2023, 2022, 2021 et précédents, pour un montant global de 11 milliards de FCFA sur l'ensemble des 10 régions.
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