Alors que Libreville fait face à la fronde commerciale de Washington devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC) concernant sa décision souveraine d'interdire l'importation du poulet de chair à l'horizon 2027, le gouvernement gabonais assume pleinement sa stratégie et choisit de regarder vers ses voisins continentaux pour ériger sa défense. Interpellé sur cette mesure protectionniste actée lors du Conseil des ministres du 18 septembre 2026 à Port-Gentil, le ministre de l'Agriculture, de l'Élevage et du Développement rural, Pacome Kossy, oppose une fin de non-recevoir empreinte de pragmatisme et de sérénité aux pressions américaines. Loin de céder à l'affolement face à une procédure de contestation enclenchée par la première puissance mondiale, l'exécutif gabonais rappelle avec fermeté la légitimité de sa démarche institutionnelle.
« Nous la percevons avec sérénité. Les États-Unis défendent leurs intérêts commerciaux ; le Gabon défend ses intérêts économiques, sa souveraineté alimentaire et le développement de son appareil productif », martèle le ministre Pacome Kossy dans les colonnes du quotidien L'Union. En s'appuyant sur l'expertise de conseillers juridiques rompus aux arcanes du droit international, Libreville entend exploiter habilement les failles et les exceptions prévues par les textes régissant le commerce mondial. La stratégie gabonaise repose de manière centrale sur l'article XVIII de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), un dispositif légal qui octroie explicitement des flexibilités et des mécanismes de protection aux pays en développement désireux de faire émerger et de consolider leurs industries naissantes.
Les leçons du modèle africain face aux pressions extérieures
Pour asseoir la robustesse de sa position diplomatique et juridique, le Gabon ne part pas d'une page blanche et assume ouvertement de suivre les traces de ses pairs d'Afrique centrale et de l'Ouest. À l'instar du Sénégal, qui a verrouillé ses frontières aux produits avicoles extérieurs dès octobre 2005 pour multiplier sa production nationale par huit et atteindre plus de 53 millions de poulets de chair par an, ou du Cameroun qui a drastiquement restreint les importations de volailles congelées dès le milieu des années 2000 pour sauver sa filière de l'asphyxie, Libreville brandit des précédents probants.
« Ces expériences sont riches d'enseignements pour le Gabon. Elles montrent qu'avec une politique publique volontariste et un environnement favorable à l'investissement, il est possible de créer les conditions d'une montée en puissance spectaculaire de la production nationale », souligne Pacome Kossy, tout en balayant d'un revers de main l'idée d'une condamnation acquise auprès de l'OMC.
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Au-delà de la joute diplomatique avec les États-Unis, la mesure gabonaise s'inscrit dans un vaste plan d'industrialisation et de mutation structurelle de son économie rurale à l'horizon 2027. Conscient que la protection des marchés locaux ne suffit pas sans un investissement massif dans les intrants, le gouvernement a scellé en mai 2026 des partenariats colossaux avec des investisseurs turcs, chinois et camerounais, représentant plus de 700 milliards de FCFA d'engagements financiers dans la filière.
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L'objectif immédiat est de s'affranchir de la dépendance extérieure en produisant localement, dès le premier trimestre 2027, plus de 1,3 million d'œufs à couver et plus d'un million de poussins d'un jour, tout en structurant les filières d'alimentation animale à base de maïs et de soja. En pariant sur la baisse induite des coûts de production pour lutter efficacement contre la vie chère et rendre le poulet local accessible à tous les citoyens, le Gabon entend démontrer à l'OMC que la sécurité alimentaire d'une nation souveraine prime sur les exigences commerciales unilatérales.














