La bataille pour le contrôle de Canyon Resources, opérateur du projet de bauxite de Minim-Martap au Cameroun via sa filiale Camalco, prend une tournure réglementaire en Australie. Mercredi 26 août 2026, le Takeovers Panel, organisme australien chargé notamment de régler les litiges liés aux prises de contrôle d'entreprises, a annoncé avoir été saisi par Jeremy Raper, un actionnaire minoritaire détenant 0,10 % des droits de vote de Canyon.
Le recours vise l'offre publique d'achat (OPA) lancée par A2MP Investments FZCO, groupe basé à Dubaï qui détient, avec ses associés, 55,56 % des droits de vote de la société minière. « Le Panel a reçu une demande de M. Jeremy Raper concernant les affaires de Canyon Resources Limited », indique l'organisme. Cette saisine intervient au lendemain du report des premières exportations de bauxite, initialement prévues en novembre prochain. À ce stade, elle ne signifie toutefois pas qu'une procédure formelle a été ouverte contre A2MP. Le Takeovers Panel précise qu'aucune instance de décision n'a encore été constituée et qu'il n'a pas décidé s'il examinerait l'affaire sur le fond.
Des déclarations jugées trompeuses
Le différend porte sur l'offre lancée le 29 juillet par A2MP pour acquérir les actions Canyon qu'il ne détient pas encore, au prix de 0,05 dollar australien par titre. Le PDG et fondateur de Raper Capital accuse A2MP d'avoir utilisé des « tactiques de pression » sur les actionnaires et conteste plusieurs affirmations avancées pour justifier son offre. Dans son document d'OPA, A2MP estime que, depuis l'étude de faisabilité publiée en septembre 2025, les fondamentaux de Minim-Martap et les conditions de marché se sont « sensiblement détériorés ».
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L'actionnaire majoritaire considère notamment que la structure financière de Canyon pourrait ne plus permettre de financer le développement du projet et que les flux de trésorerie attendus de Minim-Martap pourraient être insuffisants pour assurer le remboursement de la facilité accordée par AFG Bank Cameroon. Le requérant juge ces déclarations trompeuses et invérifiables. Il réclame notamment que le Takeovers Panel empêche temporairement A2MP de finaliser les acceptations reçues ou de clôturer son offre. Il demande également davantage de transparence sur la détention et les opérations de WMA Holding FZCO, un autre actionnaire de Canyon. Si des irrégularités étaient finalement établies, certaines actions pourraient notamment voir leurs droits de vote suspendus ou être confiées à l'ASIC en vue de leur cession.
Minim-Martap toujours dans l'incertitude
Cette bataille actionnariale ajoute une incertitude supplémentaire au calendrier de développement de Minim-Martap. Le 24 août, Canyon avait déjà annoncé qu'AFG Bank Cameroon avait suspendu les nouveaux tirages sur la facilité de crédit de 82 milliards de FCFA accordée à Camalco. La banque souhaite préalablement réexaminer le calendrier du projet, son modèle financier et plusieurs autres paramètres, ainsi qu'effectuer une visite du site. Cette situation intervient alors que le Cameroun compte sur l'entrée en production de plusieurs nouveaux projets miniers pour augmenter la contribution du secteur aux recettes publiques et compenser progressivement le déclin de la production d'hydrocarbures. À Minim-Martap, l'extraction commerciale n'a pas encore commencé et les infrastructures nécessaires à l'acheminement de la bauxite vers le port de Douala restent à mettre en place.
Dans l'attente de la suite donnée au recours, le comité indépendant du conseil d'administration de Canyon recommande aux actionnaires de ne pas accepter l'offre. A2MP a, de son côté, prolongé celle-ci jusqu'au 21 septembre 2026, tandis que Canyon dispose désormais jusqu'au 3 septembre pour publier sa réponse formelle accompagnée du rapport d'un expert indépendant. Avec 1,1 milliard de tonnes de ressources, Minim-Martap reste l'un des principaux projets miniers attendus au Cameroun. Canyon prévoyait initialement de démarrer avec environ 35 000 tonnes par mois, avant une montée en puissance progressive pouvant atteindre 5 millions de tonnes par an.
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