Au Cameroun, les premières exportations du minerai de bauxite de Minim-Martap, prévues pour le mois de novembre prochain, sont reportées à une date ultérieure. La junior australienne Canyon Resources, opérateur du projet via sa filiale locale Camalco, en a fait l'annonce officielle le 24 août 2026, dans une mise à jour trimestrielle du projet. L'entreprise justifie ce report par la nécessité de clarifier sa situation financière et d'achever ses accords logistiques. « La Société a décidé de retirer son calendrier de développement du Projet annoncé précédemment, y compris l'objectif précédemment déclaré d'atteindre une première expédition de bauxite au T4 2026. Cette décision reflète les travaux en cours concernant la recherche de certitudes de financement et l'optimisation des dispositions de transbordement, et non la qualité, l'échelle ou la rentabilité du gisement de Minim Martap, qui restent inchangées », indique la direction.
Ce report ne remet cependant pas en cause les fondamentaux économiques du projet. Une revue indépendante du marché de la bauxite, achevée en août 2026 par le cabinet CM Group, confirme une fourchette de prix de référence à long terme de 78 à 86 dollars la tonne sèche pour le produit premium de Minim Martap, dont la teneur atteint 51 % d'alumine totale pour une teneur en silice inférieure à 2 %.
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Ce glissement calendaire résulte directement de la décision d'AFG Bank Cameroun de suspendre les décaissements sur la facilité de crédit syndiquée de 82 milliards de FCFA (environ 140 millions de dollars), conclue en mai 2025. D'après Canyon, cette restriction intervient alors que l'opérateur n'a pas encore définitivement arrêté son dispositif de transbordement au port de Douala. AFG a demandé à Camalco de fournir une mise à jour du calendrier de développement, une révision du modèle financier du projet, ainsi que d'autres données financières, en plus d'une visite de site menée à la satisfaction des prêteurs. Sur cette ligne de crédit, l'opérateur indique avoir tiré environ 75 millions de dollars en un peu plus d'un an, soit près de 42,1 milliards de FCFA au taux de référence de la Banque centrale européenne du 21 août. Canyon précise obtenir des conseils juridiques basés au Cameroun concernant cette suspension : les informations financières demandées par AFG doivent être transmises sous 15 jours, et la visite de site réalisée sous 30 jours.
À la date du 31 juillet 2026, la société disposait d'un solde de trésorerie de 31 millions de dollars australiens. Ce niveau de liquidités intervient après un premier revers de financement : en mars 2026, les actionnaires de Canyon avaient déjà rejeté la seconde tranche d'un placement d'actions faisant partie d'un programme de financement de 215 millions de dollars australiens. L'entreprise indique également que l'OPA en cours a elle-même déclenché des sorties de trésorerie imprévues, ajoutant une pression supplémentaire à ses besoins de financement.
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Sur le plan logistique, la route reliant la mine au terminal ferroviaire devrait être achevée sous deux semaines. Les 60 premiers wagons, sur les 160 commandés, doivent arriver à Douala dans les huit prochaines semaines, permettant le lancement d'essais combinant 7 locomotives et 60 wagons dès le quatrième trimestre 2026 — une flotte initiale qui offrira une capacité de transport d'environ 35 000 tonnes de bauxite par mois. Le passage à la phase 2, portant la capacité de production à 2 millions de tonnes par an, nécessitera 15 locomotives et 400 wagons supplémentaires, ainsi qu'environ 160 millions de dollars de financement additionnel, que Canyon cherche à sécuriser avec l'appui de sa banque conseil, Jefferies. Toujours en lien avec la logistique, l'entreprise revoit actuellement sa stratégie de transbordement et de dragage portuaire, afin d'identifier une solution durable et rentable plutôt que de s'engager dans un dispositif transitoire pour respecter un calendrier désormais caduc.
Enjeux économiques et gouvernance
Cette contrainte bancaire intervient trois mois avant l'échéance qui doit conférer au Cameroun le statut d'exportateur de minerais solides. En parallèle, l'opérateur traverse une crise de gouvernance interne, marquée par un désaccord entre actionnaires. Fin juillet dernier, l'actionnaire majoritaire A2MP a initié une démarche pour racheter les parts des actionnaires minoritaires, dont celles du Français Sébastien Boutet, ancien directeur général de Canyon, avec pour objectif de prendre le contrôle total du projet et de retirer le titre Canyon de l'Australian Securities Exchange (ASX). Cette offre publique d'achat restreint elle-même la capacité de financement de l'entreprise : le règlement de cotation de l'ASX interdit toute levée de capital en actions jusqu'à fin octobre 2026 pendant une période d'offre, sauf exceptions limitées (émission de droits, ou opération approuvée par les actionnaires ou par A2MP lui-même).
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Face à cette offre, l'Independent Board Committee (IBC) — un comité indépendant constitué au sein du conseil d'administration de Canyon, conseillé par la banque Jefferies et par des cabinets juridiques — prépare sa réponse formelle, qui prendra la forme d'une déclaration de la cible incluant une recommandation et un rapport d'expert indépendant. En attendant, les actionnaires sont invités à « NE PRENDRE AUCUNE MESURE » concernant cette offre.
Ce climat s'accompagne de mouvements à la tête de l'entreprise. Le directeur général Peter Secker doit quitter ses fonctions le 30 août 2026, comme annoncé précédemment, pour occuper un rôle de conseil technique dans les mois suivants. À l'inverse, le président du conseil d'administration, Mark Hohnen, a fait savoir qu'il renonçait à son projet de départ à la retraite et resterait en poste jusqu'à l'issue du processus d'OPA.
En outre, cette suspension pourrait mécaniquement ralentir les prévisions de l'État camerounais, qui cible à court terme des recettes minières évaluées à 1 000 milliards de FCFA, en partie issues du projet Minim-Martap, appelé à prendre le relais des hydrocarbures. Situé dans la région de l'Adamaoua, le projet s'appuie sur une ressource totale estimée à 1,1 milliard de tonnes de bauxite. Le gisement dispose de réserves à haute teneur de 144 millions de tonnes, pour une valeur actuelle nette évaluée à 835 millions de dollars avant impôt. Le plan de développement prévoit une production d'un million de tonnes lors de la première phase, avant d'évoluer vers deux millions de tonnes annuelles en phase 2.
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