En Guinée équatoriale, le ministère des Hydrocarbures et du Développement minier a rendu publics, les 11 et 16 juillet derniers, quinze contrats signés depuis 1990 avec des multinationales pétrolières et minières, cinq ans après la dernière publication. Ces documents portent sur des accords d’exploration et de partage de production (Production Sharing Contracts – PCS). Parmi les contractants figurent le malaisien Petronas, les Américains Noble Energy, Hess, Vaalco Energy et Atlas Petroleum, le britannique Tullow Oil, ainsi que le suisse Glencore.
Les contrats dévoilés définissent les conditions d’exploration, de développement et de production des hydrocarbures et des minerais, précisant les parts de production revenant à l’État, les obligations fiscales et sociales des entreprises, ainsi que les mécanismes de règlement des litiges. Certains accords prévoient par exemple des redevances allant de 10 % à 16 %, des bonus de signature pouvant atteindre 5 millions de dollars et des contributions annuelles aux programmes de formation et aux projets sociaux.
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Cette démarche s’inscrit dans le cadre du programme de surveillance du FMI (Staff-Monitored Program – SMP), qui accompagne les réformes économiques du pays sans toutefois donner lieu à des décaissements financiers. Dans son dernier rapport au titre de l’Article IV (juillet 2025), l’institution de Bretton Woods a salué les progrès réalisés par Malabo en matière d’ajustement budgétaire et de gouvernance, tout en insistant sur la nécessité de renforcer la transparence dans le secteur extractif, vital pour les finances publiques. La publication de ces contrats est ainsi présentée comme une mesure phare de ce processus.
Transparence à demi-teinte
Cependant, cette avancée en matière de transparence demeure partielle. En parcourant les documents, on constate que de nombreuses sections ont été expurgées ou masquées à l’aide de blocs noirs. Les passages occultés concernent principalement les montants financiers, les pourcentages précis des partages de production, les bonus de signature et de production, ainsi que certaines clauses opérationnelles ou de règlement des litiges. Autrement dit, les informations les plus sensibles et les plus révélatrices de l’équilibre réel des accords restent inaccessibles au public.
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Cette transparence à demi-teinte soulève donc des interrogations : d’un côté, l’initiative pourrait améliorer la confiance des investisseurs et répondre aux recommandations de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), qui avait déjà salué la première publication de contrats en 2020. De l’autre, elle montre les limites de la volonté de Malabo d’ouvrir totalement les livres, alors que la chute progressive de la production pétrolière fragilise l’économie nationale et que la diversification reste encore balbutiante.
En toile de fond, le pays traverse une période économique délicate. Selon le FMI, la Guinée équatoriale a enregistré une légère reprise (+0,9 % en 2024), mais la croissance hors hydrocarbures reste faible, l’inflation est en hausse et le secteur bancaire demeure fragile. Malgré un ajustement budgétaire jugé « substantiel », les réserves régionales de change continuent de s’éroder. La publication des contrats s’inscrit ainsi dans un ensemble plus large de réformes visant à restaurer la crédibilité économique du pays, dont la nouvelle loi fiscale, la réduction progressive des subventions aux carburants et l’audit des dépenses publiques après la catastrophe de Bata en 2021.
En définitive, la Guinée équatoriale donne un signal d’ouverture, mais le caractère incomplet des documents publiés illustre les tensions entre exigence de transparence internationale et volonté de préserver la confidentialité des accords stratégiques conclus avec les majors pétrolières et minières.
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