Au Gabon, le gouvernement a lancé une campagne d'investissement agressive le 2 juillet dernier, marquée par un appel d'offres pour de nouvelles licences d'exploration pétrolière marine. Cette initiative vise à débloquer l'immense potentiel des blocs offshore profonds du pays. Une stratégie audacieuse, d'autant plus que « 72% du territoire maritime gabonais reste inexploré », selon les autorités, représentant une opportunité colossale. L'objectif est clair : stimuler la production nationale pour atteindre et dépasser les 220 000 barils par jour, alors que l'OPEP a récemment enregistré une production de 233 000 barils/jour en mai dernier.
Stratégie de reconquête
Pour inverser la tendance d'un déclin historique (passant de 365 000 barils/jour en 1996 à environ 200 000 barils/jour en 2023), le Gabon mise sur plusieurs leviers. La compagnie nationale Gabon Oil (GOC) joue un rôle plus actif dans la propriété des actifs, mais surtout, le pays a révisé son Code des Hydrocarbures en 2019. Selon le ministère du Pétrole et du gaz, ce cadre juridique offre désormais des incitations fiscales attractives (imposition réduite, amortissement accéléré, récupération rapide des coûts) et des contrats de partage de production (PSC) plus rentables pour les opérateurs étrangers, positionnant ainsi le Gabon comme un acteur compétitif. L'optimisme est alimenté par de récents succès de forages, comme la découverte d'Hylia South West par Perenco et les opérations de CNOOC sur les blocs BC-9 et BCD-10, avec un potentiel de ressources récupérables estimé à 1,4 milliard de barils.
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De même, des acteurs tels que BW Energy et VAALCO Energy ont déjà signé de nouveaux PSC, s'engageant sur des forages et des campagnes sismiques 3D.
Des ambitions nuancées : production et hub regional
Cette stratégie de relance commence à se traduire en chiffres. Selon l'OPEP, la production gabonaise, après avoir été en moyenne de 213 000 barils/jour en 2023, a progressé à 224 000 barils/jour en 2024, pour atteindre 233 000 barils/jour en mai 2025. Cette évolution positive conforte le pays dans son objectif de maintenir sa production au-dessus des 220 000 barils/jour. L'ambition va au-delà : le Gabon vise à devenir un centre pétrolier régional, avec des projets majeurs comme le terminal méthanier de Cap Lopez (cible 2026, 700 000 tonnes de GNL/an), l'extension de la raffinerie SOGARA vers l'autosuffisance (1,5 million de tonnes de brut d'ici 2030), et l'augmentation des capacités de stockage de produits raffinés.
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Cependant, cette ambition est nuancée par certains experts. La Chambre africaine de l'énergie (AEC) a salué l'initiative, mais des voix discordantes s'élèvent. Pour Bareja Youmsi, expert en mine, pétrole et gaz, la croissance récente de la production gabonaise « n'est pas liée à son potentiel inexploré ». Il affirme que « avec la baisse progressive du prix du baril de pétrole brut depuis 2023, et compte tenu que le budget national du Gabon dépend à plus de 50% des revenus pétroliers, il est clair qu'il faut produire plus (…) pour essayer de rattraper le manque à gagner. »
Stabilité politique : un atout pour l'attractivité des investissements
Au-delà des perspectives techniques et économiques, le dynamisme actuel du Gabon est soutenu par une stabilité institutionnelle retrouvée depuis la transition politique de 2024, un facteur clé pour rassurer les investisseurs. Le gouvernement de transition a non seulement maintenu les règles contractuelles, mais a également accéléré les procédures d'octroi de licences, ramenant les délais à moins de six mois, l'un des plus courts de la région. Malgré ces avancées et les 21 forages exploratoires recensés depuis 2019 (dont 6 jugés viables commercialement), une grande partie du potentiel en eaux profondes du Gabon reste sous-explorée. L'AEC estime d'ailleurs que le pays a un potentiel de production global de près d'un million de barils de pétrole par jour, soulignant l'énorme marge de manœuvre. Verner Ayukegba, vice-président principal de l'AEC, conclut : « L’exploration et la production en eaux profondes sont susceptibles de transformer l’économie gabonaise, avec des découvertes potentielles soutenant le développement d’un nouveau centre pétrolier en Afrique centrale. »
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