Le 11 novembre 2024, le ministre de l’Économie et des Finances du Congo annonçait dans un communiqué, la clôture réussie du Programme National d'Optimisation de la Trésorerie (PNOT). Cette opération concoctée un mois plus tôt avait pour objectif principal de réduire le poids qu’un service de la dette publique, devenu trop lourd, exerçait sur les finances du pays. Pour ce faire, le gouvernement avait entrepris d’allonger les échéances des remboursements sur sa dette intérieure à travers une opération d’échange volontaire ouverte aux investisseurs détenant les titres du Congo. Cette opération visait également à réduire le risque d'éviction des emprunteurs privés sur les marchés financiers locaux et d'éviter des problèmes d'insolvabilité vis-à-vis des marchés internationaux.
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Ainsi, sur un objectif de 2 314 milliards de FCFA, 1 236 milliards FCFA ont été échangés en semaines. Le coupon et le principal des nouvelles obligations sont restés similaires à ceux des anciennes, mais les maturités ont été prolongées atteignant jusqu’à 10 ans pour certaines. De plus, 250 milliards FCFA ont été levés par le Trésor en argent frais. Si les agences de notation financière, au départ frileuses, ont ensuite bien accueilli les résultats de l’opération, elles restent sceptiques quant à la capacité du Congo à sortir de la spirale du surendettement dans laquelle il s’est embourbé depuis une dizaine d’années. Ce qui constitue un risque majeur pour le système bancaire de la CEMAC qui est fortement exposé au risque souverain. EcoMatin dresse un tour d’horizon de l’impact du PNOT sur les différentes parties prenantes.
Impact sur les finances publiques du Congo
À l’évidence et au vu des éléments présentés plus haut, la clôture de cette opération d’échange de dette n’a eu que des répercussions positives pour les finances publiques congolaises, car elle a permis de lisser le profil d'amortissement et d'atténuer les pressions exercées sur la trésorerie. Selon les autorités, la maturité moyenne de la dette domestique de marché est passée de 2,6 ans à 6,4 ans. Ce qui devrait réduire substantiellement les risques de défaillance que le pays a pu observer ces derniers mois.
L’atténuation des remboursements a surtout permis au pays de réaliser des économies budgétaires de l’ordre de 1 130 milliards FCFA, dont 739 milliards FCFA d’économies sur le service de la dette, au cours de la période allant de 2024 à 2028, selon le ministère de l’Économie. Théoriquement, ces ressources permettront au gouvernement de disposer de plus de marge de manœuvre pour soutenir le financement des projets structurants et renforcer les dépenses sociales (santé, éducation…) afin d’améliorer le bien-être des Congolais.
Impact sur la solvabilité du Congo
Toujours selon les autorités, l’allègement des tensions sur la trésorerie de l’État a permis d’améliorer sa solvabilité et d’éloigner un nouveau risque de non-remboursement. Sans trop de contraintes, le pays a pu régler ses engagements en cours sur le marché régional, mais aussi les arriérés envers les institutions multilatérales, les institutions financières internationales et les créanciers domestiques pour un montant de 450 milliards FCFA entre septembre et décembre 2024.
C’est d’ailleurs dans cette même veine que Fitch et S&P ont restauré la note sur les emprunts en monnaie locale du pays après l’avoir dégradé au bord du défaut de paiement quelques semaines plus tôt. « Après l'échange, nous prévoyons que le calendrier d'amortissement serré du Congo-Brazzaville s'améliorera et que les paiements d'intérêts diminueront légèrement. Le remboursement de la dette adossée au pétrole due aux négociants en matières premières (4,9 % du PIB en 2023) sera accéléré et nous prévoyons que le remboursement de la dette atteindra en moyenne 8,7 % du PIB sur la période 2025-2027, contre 10,8 % dans nos prévisions précédentes », écrit Standard & Poor’s dans une annonce publiée le 19 novembre 2024. Sur l’échelle de notation, le Congo reste, toutefois, dans une position délicate, compte tenu de sa trop forte dépendance aux recettes pétrolières. Une évolution défavorable des cours du brut pourrait fragiliser à nouveau la solvabilité du pays.
Impact sur les investisseurs
Pour l’instant, il n’y a pas eu de tollé au sein de la communauté des investisseurs. Tout au contraire, le PNOT leur offre une perspective plus claire et réaliste des remboursements de leurs emprunts. La reconduction des taux d’intérêts, principale crainte des agences de notation, n’a visiblement pas échaudé les participants au rééchelonnement.
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Cependant, le profil de la dette du Congo reste vulnérable aux fluctuations des cours des hydrocarbures, compte tenu de sa forte dépendance économique et budgétaire à l’égard de ce secteur. En 2023, le pétrole a généré 1/4 du PIB, 2/3 des recettes budgétaires et plus de 80 % des recettes d'exportation du Congo. Des incidents de paiement répétitifs fragiliseraient le système bancaire de la CEMAC qui est déjà très exposé aux risques souverains. Fin octobre, les banques de la région détenaient plus de 82,5% de la dette de marché du Congo.
Impacts sur le marché des titres publics
Si, vu du Congo, le PNOT est perçu comme une réussite, il n’en demeure pas moins que le contexte ayant conduit à sa mise en place, c’est-à-dire les retards de paiement répétitifs, pourrait favoriser un climat de frilosité sur le marché des titres publics. Frilosité surtout sur le marché secondaire où peuvent intervenir les investisseurs non-professionnels comme les personnes physiques et les institutionnels qui représentent 2,62% et 13,44% des titres du Congo en circulation. Théoriquement, les experts estiment qu’une bien meilleure participation de ces deux catégories d’investisseurs est un levier important pour renforcer la profondeur du marché, car ça libérerait le portefeuille-titre des banques et l’épargne nationale serait réinvestie de manière efficace sur le marché. Ce type d’incident peut provoquer un effet d’éviction de cette catégorie d’investisseurs qui, aujourd’hui, sont presque la seule alternative pour renforcer la profondeur du marché régional de la dette.
Frilosité également à cause du manque de transparence de la part de la banque centrale, censée jouer le garant des remboursements et qui n’a pas daigné communiquer sur ces incidents préjudiciables pour les investisseurs. La BEAC publie de manière irrégulière les résultats d'opérations sur le marché et lors des incidents signalés, ces informations n’étaient pas disponibles, entretenant ainsi une certaine opacité sur le marché.

