La République centrafricaine est confrontée à des défis structurels de gouvernance qui limitent considérablement sa capacité à mobiliser efficacement ses ressources nationales. Bien que le cadre institutionnel ait connu des améliorations progressives, la Banque africaine de développement (BAD), dans son rapport intitulé « Tirer le meilleur parti du capital de la République centrafricaine pour favoriser son développement », note qu’il demeure marqué par des faiblesses systémiques affectant la gestion optimale du capital naturel, humain et financier.
Le document met particulièrement l’accent sur le secteur du capital naturel non renouvelable, notamment le secteur extractif, où « les enjeux sont particulièrement critiques ». « Bien que le pays dispose d’importantes réserves de diamants, d’or et d’uranium, la contribution du secteur minier au PIB reste limitée à 2,8 %, bien en deçà de la moyenne régionale de 9,6 % en Afrique subsaharienne », souligne la BAD. L’institution explique cette sous-performance par l’informalité persistante du secteur, la corruption, la fausse facturation, l’extraction illégale, l’insécurité et les flux transfrontaliers illicites.
Preuve de ces dysfonctionnements : environ 75 % de la production de diamants échappe au contrôle de l’État, selon la BAD.
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L’institution déplore également que le secteur continue de bénéficier d’un régime fiscal permissif, avec un taux d’imposition de seulement 2,5 % sur l’or exporté, et 4 % pour le diamant. Dans le même temps, les pertes liées aux flux financiers illicites dans ce secteur atteindraient 267 millions de dollars par an (près de 150 milliards FCFA), soit environ 17 % du PIB. « Ces pertes ont connu une augmentation de 38 % entre 2018 et 2022, ce qui souligne la nécessité urgente de renforcer la gouvernance, la transparence et le contrôle, conformément aux orientations du nouveau Code minier adopté en 2024 », ajoute le rapport.
Pour inverser la tendance, la BAD recommande une transformation en profondeur de la gouvernance du secteur. Elle s’appuie notamment sur l’étude de Grossman (2015) sur les réformes en Afrique subsaharienne, selon laquelle une amélioration de 15 % de l’efficacité des institutions de contrôle pourrait entraîner une hausse des recettes fiscales équivalente à 3,4 points de PIB en RCA.
Enfin, la BAD souligne que la digitalisation des processus administratifs et fiscaux constitue un levier stratégique encore sous-exploité. « À ce jour, seuls 12 % des services publics sont numérisés, contre 45 % au Rwanda », rappelle-t-elle. Or, l’accélération de la digitalisation permettrait de renforcer la transparence, de rationaliser les procédures et de réduire les pertes financières.

