C’est la deuxième mission du Processus de Kimberley en République centrafricaine depuis le début de l’année en cours. Après un premier séjour en février dernier, l’institution a de nouveau dépêché une mission de 25 experts dans le pays, pour évaluer les avancées tant vantées par les autorités en termes de sécurisation du territoire et d’application des règles de transparence dans l’exploitation des diamants sous le coup d’un embargo de la communauté internationale depuis 11 ans. La Centrafrique sera, en effet, fixée sur son sort quant à la levée ou le maintien de cette sanction à l’issue de la réunion plénière du Processus de Kimberley programmée en novembre. Les membres de la plénière se prononceront en fonction des conclusions du rapport au terme de cette nouvelle mission. Cette instance avait décidé de maintenir l’embargo en mai dernier, malgré les arguments « de poids » présentés par le gouvernement centrafricain. Revigorées par la levée, le 30 juillet dernier, par l’Organisations des Nations unies (Onu) de l’embargo sur les armes vers la Centrafrique, autre sanction qui durait également depuis l’éclatement de la guerre civile qui avait suivi le coup d’Etat contre François Bozizé, en 2023, les autorités de Bangui font feu de tout bois.
Pour elles, les restrictions maintenues sur les diamants centrafricains sont une mesure excessive, voir inique. Face aux experts internationaux du Processus de Kimberley, lundi, Rufin Benam Beltoungou, ministre des Mines et de la Géologie de la République centrafricaine, a soutenu que « les conditions sont aujourd’hui réunies puisque, de notre côté, le problème sécuritaire ne se pose plus ». En rappel, en 2016 et en 2018, une partie de ces sanctions avait déjà été levée, et 8 zones avaient été déclarées conformes et donc, autorisées à exportées leurs diamants, notamment vers le marché européen et les autres pays occidentaux qui appliquent l’embargo. « Aujourd’hui, nous travaillons à la levée totale de cet embargo. Au niveau du Processus de Kimberley, en 2020, nous avions sollicité de la plénière du Processus de Kimberley l’organisation d’une mission de monitoring en RCA. À cette époque-là, nous n’avions pas été suivis par la plénière. Mais lors de la dernière plénière de mai 2024, le Processus de Kimberley a marqué son accord», ajoute le membre du gouvernement.
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Les conclusions de la mission qui s’achève le 15 septembre prochain devraient en principe concourir à la levée totale de cet embargo qui prive le trésor public centrafricain de précieuses ressources depuis 11 ans. Faisant fi des quantités extraites et commercialisées, le président centrafricain, dans son discours du nouvel an 2024, déclarait que les revenus tirés au titre de taxes perçues à l’exportation des diamants se sont établis à 324,3 millions Fcfa à peine en 2023. Or, en 2011, soit deux ans avant le coup d’Etat militaire qui a plongé le pays dans une interminable guerre civile, la RCA a exporté officiellement 323 575,30 carats de diamants et engrangé des revenus à hauteur de 29,7 milliards Fcfa. Le président Faustin Archange Touadera réitérait à la même occasion que « la situation dans ce secteur ne pourra connaître une amélioration qu’en cas de levée totale de l’embargo sur le diamant, d’intensification de la lutte contre la fraude et la contrebande et l’exploitation industrielle de la petite mine dont les permis ont été accordés à deux sociétés ». Le pays tout entier croise les doigts en attendant le verdict de la plénière de novembre.
Fin mai dernier, le gouvernement centrafricain a fait adopter par l’Assemblée nationale un nouveau Code minier qui instaure d’ambitieuses règles de transparence dans le secteur minier. La nouvelle loi remet en réalité l’Etat au centre du jeu, grâce à l’avènement d’une société de patrimoine dénommée Gemmes et minéraux de Centrafrique (Geminca), qui aura un rôle central dans les chaînes de valeurs minières, avec un monopole sur les activités d’exportation. La levée totale de l’embargo sur les diamants par le Processus de Kimberley pourrait permettre à cette entreprise d’engranger d’importants revenus sur ces pierres précieuses, en attendant le passage effectif à l’industrialisation du secteur minier.



