La situation des réserves de change de la CEMAC a constitué l’un des points culminants de la réunion du Comité de politique monétaire (CPM) de la BEAC tenue le 29 septembre. Face à la presse, le gouverneur Yvon Sana Bangui a tiré la sonnette. « Après une relative stabilité entre octobre 2024 et mars 2025, grâce aux décaissements de prêts et aux rétrocessions de devises par les exportateurs, les réserves ont recommencé à baisser fortement entre juin et août 2025 », a-t-il déclaré. Au 31 août, l’institution évalue le niveau de ses réserves à 6 556 milliards FCFA, contre 7 624,6 milliards au 30 juin 2025, selon des données consultées par EcoMatin. Cela représente un repli de 1 068 milliards FCFA en l’espace de deux mois. Sans en donner le chiffre exact, Sana Bangui a néanmoins reconnu que le taux de couverture extérieure de la monnaie (qui mesure la capacité du franc CFA à être converti en devises étrangères) est tombé de 69,8 % fin juin à 61,6 % fin août 2025, soit une baisse de 8,2 points de pourcentage.
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Le numéro un de la BEAC explique la chute brutale des réserves de change de la CEMAC par six principaux facteurs : la fin des appuis budgétaires du FMI ayant entraîné une diminution des appuis budgétaires ; le règlement accru du service de la dette et des grands chantiers, les paiements liés aux importations de produits essentiels (pétrole, médicaments, riz, blé, poisson) et la détérioration des termes de l’échange (–13,4 %) due à la baisse des cours mondiaux des principaux produits d’exportation de la région (coton, pétrole, bois). À cela s’ajoutent l’augmentation des transferts de dividendes des investisseurs étrangers et la hausse des transferts rapides et des paiements liés à la couverture des soldes monétiques.
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Pour enrayer l’hémorragie, la BEAC affirme avoir pris plusieurs mesures « dans le périmètre de ses attributions ». Il s’agit notamment du renforcement des équipes techniques chargées de contrôler le respect de la réglementation des changes, de l’amélioration des outils de suivi en temps réel des rapatriements de devises par les acteurs économiques, ainsi que de la facilitation du dialogue avec les opérateurs – y compris les fintechs et établissements de paiement – afin de les sensibiliser aux exigences réglementaires.
Tout ceci devrait ramener les réserves de change à un niveau jugé soutenable d’ici la fin de l’année. Les services de la banque centrale planchent sur un niveau de 7 101,7 milliards FCFA au 31 décembre 2025, soit 73,2 % de taux de couverture extérieure et l’équivalent de 4,6 mois d’importations. Cette relative embellie serait soutenue par « la capitalisation des revenus de portefeuille, la dynamique des rapatriements du secteur extractif et l’appréciation de l’or », souligne le gouverneur, Yvon Sana Bangui.
Plus de 9 400 milliards FCFA de réserves projetés d’ici 2028
Sur le long terme, reconnaît le banquier, les mesures internes évoquées plus haut ne suffiront pas, à elles seules, à inverser durablement la tendance. « Il est primordial de développer des politiques économiques réduisant la dépendance de la CEMAC vis-à-vis de l’extérieur », a-t-il lancé comme un appel au sursaut patriotique. En juin dernier, il exhortait par exemple les autorités camerounaises à accélérer la réhabilitation de la Sonara, dont l’arrêt pèse lourdement sur les réserves de la région en raison des importations massives de carburant.
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Malgré ces défis, les perspectives de moyen terme restent optimistes. Après une projection de 7 101,4 milliards FCFA fin 2025 (soit 4,59 mois d’importations), les réserves devraient atteindre 7 707 milliards FCFA en 2026 (4,91 mois), 8 372,5 milliards en 2027 et 9 475,9 milliards en 2028. Le taux de couverture extérieure de la monnaie se maintiendrait ainsi autour de 79,6 % en moyenne annuelle.
Cette amélioration anticipée repose sur plusieurs leviers : l’accroissement attendu des investissements directs étrangers (IDE) dans les secteurs stratégiques tels que les mines, le gaz ou l’industrie du bois, mais aussi les tirages extérieurs pour financer les besoins en infrastructures. Toutefois, tempère le gouverneur, « ces perspectives restent tributaires de la volatilité des cours pétroliers, dans un contexte géopolitique tendu, ainsi que de l’évolution de la conjoncture économique en Chine, principal débouché des matières premières de la sous-région ».

