La crise née du bras de fer au sommet de l’Etat du Cameroun, autour du scanning des marchandises a désormais franchi un seuil critique pour l’économie nationale. En première ligne de cette cacophonie institutionnelle, les industriels camerounais dénoncent désormais une situation qu’ils jugent intenable, marquée par des surcoûts injustifiés, des retards d’approvisionnement et une désorganisation profonde de la chaîne logistique.
Dans un communiqué publié le 2 février 2026, le Syndicat des Industriels du Cameroun (Syndustricam) tire en effet la sonnette d’alarme face aux « graves perturbations » qui affectent depuis plusieurs semaines le processus de scanning des conteneurs au Port de Douala-Bonabéri. En cause, la coexistence de décisions administratives contradictoires et l’absence de cohérence entre le dispositif technique, le cadre contractuel et les systèmes de paiement, sur fond de conflit entre la Société générale de surveillance (SGS), opérateur historique dont le contrat censé s’achever en 2025 est repoussé à 2032 par le Premier ministre, et TransAtlantic D. SA, nouvel entrant recruté par le Conseil d’administration du Port autonome de Douala (PAD) en décembre dernier.
Lire aussi: Cameroun : le Premier ministre ordonne le maintien du contrat de SGS au Port de Douala
Au cœur du malaise industriel, une situation jugée absurde : les entreprises se retrouvent contraintes de payer deux fois pour une même prestation. D’un côté, « la facturation et le paiement effectifs des frais de scanning auprès de l'opérateur TransAtlantic SA », dont les équipements sont opérationnels. De l’autre, « le maintien dans les systèmes douaniers, de l'exigibilité de frais de scanning au profit de l'opérateur SGS Scanning Cameroun SA dont les installations ne sont plus opérationnelles », explique le Syndicat. Sans règlement de ces deux charges cumulatives, les conteneurs restent bloqués, rendant impossible leur mainlevée et leur enlèvement.
Les conséquences économiques de cette double exigibilité sont immédiates. Les industriels subissent des surestaries, des pénalités contractuelles, des ruptures d’approvisionnement et des perturbations majeures de leurs cycles de production. Dans un contexte déjà marqué par la pression fiscale, la hausse des coûts logistiques et les tensions sur la trésorerie, cette charge supplémentaire apparaît, selon le Syndustricam, « anormale, injustifiée et économiquement insoutenable ».
Lire aussi: Cameroun : chronique d’un bras de fer annoncé entre le ministre des Finances et le Port Autonome de Douala
Mais au-delà des industriels, c’est l’État lui-même qui paie le prix de cette cacophonie. Selon des experts du secteur portuaire et douanier, chaque journée de perturbation liée au scanning ferait perdre environ 1,5 milliard FCFA de recettes à l’État, du fait des blocages, du ralentissement des flux et de la désorganisation de la chaîne de contrôle. Une hémorragie quotidienne qui s’ajoute à un déficit structurel déjà préoccupant. D’après des données officielles, la contrebande et les failles dans le dispositif de contrôle font perdre chaque année près de 200 milliards FCFA aux Douanes camerounaises. La persistance de la crise ne ferait qu’aggraver ces pertes et affaiblir la souveraineté fiscale de l’État.
Lire aussi: Recettes douanières: la Douane et SGS tablent sur des nouvelles pistes de collaboration
Face à cette impasse, le Syndustricam appelle à un rétablissement immédiat de la cohérence entre décisions administratives, dispositifs techniques et systèmes de paiement. À défaut d’un règlement rapide du différend SGS – TransAtlantic, le syndicat plaide pour des mesures transitoires, notamment la consignation des frais contestés et la reconnaissance d’un régime de force majeure administrative. À défaut d’arbitrage clair et opérationnel, la crise du scanning risque de durablement pénaliser l’industrie, d’éroder les recettes publiques et de transformer un outil de sécurisation des échanges en facteur de désorganisation économique.

