À mesure que la croissance s'essouffle sur ses marchés historiques, Orange trouve de plus en plus son compte au sud de la Méditerranée. En 2025, Orange Middle East and Africa (OMEA), la holding à travers laquelle le groupe français détient une grande partie de ses participations dans la région, a dégagé 350,7 millions d'euros (230 milliards de FCFA) de bénéfice net. Près de 150 millions d'euros (98 milliards de FCFA) seront distribués en dividendes. Une manne alimentée par un portefeuille où se côtoient Sonatel, Orange Côte d'Ivoire, Orange Cameroun, Orange Burkina Faso ou encore Médi Telecom au Maroc.
Sonatel, toujours première de cordée
Cette remontée de cash est soutenue par une activité opérationnelle qui n'a jamais autant pesé dans l’activité d'Orange. En 2025, l'Afrique et le Moyen-Orient ont généré 8,43 milliards d'euros de chiffre d'affaires (environ 5 530 milliards de F CFA), en hausse de 12,2 % en glissement annuel, et 3,31 milliards d'euros d'EBITDAaL (environ 2 170 milliards de F CFA), l'indicateur de performance opérationnelle du groupe. Les profits progressent même plus vite que les ventes car la marge nette est passée de 38,6 % à 39,2 %. Cette croissance repose d'abord sur quelques poids lourds. Sonatel, qui regroupe les activités d'Orange au Sénégal, au Mali, en Guinée, en Guinée-Bissau et en Sierra Leone, reste en tête avec 2,93 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025 (+10 %).
Orange Côte d'Ivoire, qui chapeaute aussi le Burkina Faso et le Liberia, suit avec 1,82 milliard (+10,7 %). Le Maroc, l'Égypte et la Jordanie forment un troisième bloc de taille comparable, à 2,22 milliards, contre 1,92 milliard en 2024. Le reste du portefeuille, principalement le Cameroun, la RDC, le Botswana, Madagascar et la Centrafrique, pèse encore 1,52 milliard. La croissance est donc largement répartie, mais Sonatel garde une place à part. Orange n'en détient que 42,33 %, contre 72,5 % d'Orange Côte d'Ivoire et 94,4 % d'Orange Cameroun, et pourtant le groupe sénégalais demeure sa principale locomotive subsaharienne, et surtout une formidable machine à cash.
Lire aussi: Télécoms : Orange face à la fronde sociale en Afrique après une prime réservée à ses salariés de France
Des dividendes aux investissements
Cette bonne santé ne profite pas qu'à Orange. Les filiales africaines dégagent désormais assez de bénéfices pour rémunérer généreusement leurs actionnaires minoritaires. À Dakar, Sonatel leur a versé 231 millions d'euros (151,5 milliards de F CFA) de dividendes en 2025, contre 211 millions un an plus tôt. Même mouvement au Maroc, où les dividendes versés aux minoritaires de Médi Telecom sont passés de 19 à 31 millions d’euros. La réussite se lit jusque dans la facture fiscale du groupe. Orange explique que l'impôt payé par ses entités africaines et moyen-orientales a augmenté de 123 millions d'euros en 2025, « résultant essentiellement de la hausse des résultats de ces entités ». Mais Orange ne peut pas se contenter de récolter. Pour continuer à croître, le groupe prévoit d'investir plus de 5 milliards d'euros (environ 3 280 milliards de F CFA) dans la région entre 2026 et 2028, notamment pour équiper 15 000 nouveaux sites en zone rurale et doubler sa base de clients fibre. Cet effort pèse déjà sur les comptes : au premier semestre 2026, les investissements ont augmenté plus vite que le chiffre d'affaires et absorbent désormais près d'un cinquième des revenus de la région.
En 2025, les services mobiles ont rapporté 6,51 milliards d'euros, soit plus des trois quarts du chiffre d'affaires d'OMEA, et continuent de croître à un rythme robuste (+12,7 %). Les services informatiques et d'intégration progressent bien plus vite (+28 %), mais restent marginaux, à 105 millions d’euros.
Lire aussi: Orange relève ses objectifs annuels grâce à l'Afrique et à l'intégration de MasOrange
Orange Money, le prochain moteur ?
Orange prépare donc la suite. Fin 2025, le groupe comptait 47 millions de clients actifs d'Orange Money, son service de paiement mobile, et 23 millions d'utilisateurs de Max it, la super-application qui réunit télécoms, paiements et services numériques. D'ici à 2028, il veut gagner 20 millions de clients Orange Money supplémentaires et 50 millions d'utilisateurs de Max it, tout en visant une croissance à deux chiffres dans les services aux entreprises. L'idée est de tirer davantage de revenus d'une clientèle déjà massive, plutôt que de dépendre uniquement de l'arrivée de nouveaux abonnés.
Car les premiers signes de maturité apparaissent. Dans le périmètre de Sonatel, le nombre de lignes mobiles a légèrement reculé entre début 2025 et fin juin 2026, de 42,1 à 41,3 millions, sans que les revenus en souffrent. Le signal est celui d'un changement de modèle : la croissance vient désormais moins du nombre de cartes SIM que des usages, de la data, du fixe et des services financiers.
C'est tout l'enjeu du plan « Trust the Future ». Orange, qui revendique la première place sur dix de ses marchés africains, veut transformer cette position dominante dans le télécom en un écosystème plus large, mêlant connectivité, finance, services numériques et solutions aux entreprises. Le pari est coûteux, mais le groupe dispose d'un atout : contrairement à ses marchés européens arrivés à maturité, l'Afrique et le Moyen-Orient lui offrent encore ce que recherchent les grands opérateurs, de la croissance et des marges qui progressent avec elle. Le véritable test sera de savoir si Orange Money, Max it et les activités destinées aux entreprises pourront prendre le relais lorsque la croissance du nombre d'abonnés mobiles s'essoufflera.
Lire aussi : Orange prévoit 5 milliards d’euros d’investissements en Afrique et au Moyen-Orient avec son plan “Trust the Future”











