Le gouvernement camerounais veut réattribuer les quotas d’importation de poisson restés inutilisés à des opérateurs capables d’approvisionner le marché. La décision a été prise à l’issue d’une concertation présidée le 4 novembre 2026 à Yaoundé par le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, en présence des principaux acteurs du secteur, dont Sylvestre Ngouchinghe, PDG de Congelcam. Selon les données présentées par le ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (Minepia), 18 des 52 entreprises ayant obtenu des quotas pour 2026 n’avaient effectué aucune importation à cette date. Une situation qui fait écho aux critiques formulées en octobre par Congelcam sur les capacités de certains de ses concurrents à approvisionner le marché.
Au total, le Minepia a accordé aux 52 opérateurs des autorisations portant sur près de 200 000 tonnes de poisson en 2026. Congelcam, principal importateur et distributeur du pays, en concentre à lui seul 130 000 tonnes, soit environ les deux tiers. Les 51 autres entreprises se partagent le volume restant. Mais les chiffres présentés lors de la réunion révèlent une forte disparité dans l’utilisation de ces autorisations. Outre les 18 opérateurs n’ayant réalisé aucune importation, la plupart des autres n’ont importé que des quantités qualifiées de « très marginales » par le ministère du Commerce. Seules Congelcam et la société Akain Nicolas Luis se distinguent par leurs opérations.
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Face à cette situation, le ministre du Commerce a demandé que les quotas non utilisés soient « redéployés au bénéfice des importateurs qui en ont la capacité ». Une proposition acceptée par le représentant du Minepia, administration chargée de délivrer les autorisations et de sélectionner les bénéficiaires.
Bras de fer
Cette décision fait suite au bras de fer engagé par Congelcam autour de ses autorisations d’importation. Le 15 octobre dernier, l’entreprise de Sylvestre Ngouchinghe avait publiquement alerté sur un risque de pénurie dès la fin novembre, accompagné d’une possible hausse des prix pendant les fêtes. Elle reprochait au gouvernement de lui avoir initialement accordé seulement 100 000 tonnes pour 2026, contre 200 000 tonnes qu’elle affirme avoir importées en 2025. Après une demande supplémentaire de 100 000 tonnes déposée en septembre, Congelcam n’avait obtenu qu’une rallonge de 30 000 tonnes, jugée insuffisante pour couvrir ses besoins jusqu’à la fin de l’année.
L’entreprise avait surtout mis en cause les capacités financières et logistiques de certains bénéficiaires des quotas. « Disposer d’une autorisation administrative d’importer n’est pas la même chose que disposer des moyens financiers, logistiques et commerciaux nécessaires pour approvisionner effectivement le marché », soutenait alors Joseph Flavien Kankeu, son responsable de la communication. Selon l’Institut national de la statistique (INS), le Cameroun a importé 267 601 tonnes de poissons et crustacés en 2025, en hausse de 29 % sur un an. Avec les 200 000 tonnes qu’elle affirme avoir importées au cours de cette période, Congelcam aurait représenté près de 75 % des volumes nationaux. Le groupe dispose par ailleurs d’une capacité de stockage annoncée de 104 000 tonnes à Douala et prévoit un nouvel entrepôt de 10 000 tonnes au port de Kribi.
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Pour les autorités, l’enjeu dépasse le différend avec Congelcam. La production nationale de poisson s’est établie à environ 259 000 tonnes en 2025, pour une demande annuelle estimée à 500 000 tonnes. Les importations restent donc indispensables pour combler une partie importante des besoins. À l’issue de la réunion, Luc Magloire Mbarga Atangana a demandé à Congelcam de lancer une nouvelle campagne de communication pour rassurer les consommateurs, après les inquiétudes suscitées par son alerte d’octobre.









