Depuis quelques semaines, l'homme d'affaires camerounais Baba Ahmadou Danpullo est présenté sur les réseaux sociaux comme promoteur d'une nouvelle compagnie aérienne. Le patron de la Cameroon Tea Estate s'apprêterait à investir 500 milliards FCFA, soit plus de 90 % de la fortune que lui attribue le magazine Forbes Afrique- dans une société baptisée "Danpullo Air Line". Le projet a tout du dossier bouclé : deux aéroports privés à Yaoundé et à Douala, un lancement des travaux annoncé pour septembre, une desserte des dix régions du pays avant une extension vers la Cemac, puis une entrée en service commerciale à l'horizon 2030. Reprise par plusieurs médias camerounais et internationaux, l'annonce a fini par prendre les allures d'un projet déjà engagé.
Une annonce sans auteur
La première publication que nous avons pu retracer remonte au 29 janvier 2026. Puis, quelques jours, le récit a refait surface et est repris sans arrêt. Car, selon certaines sources, l’homme d’affaires très discret, aurait confirmé le 3 juillet dernier son intention d’investir dans la création d’une compagnie aérienne. Les formulations changent peu, les chiffres restent les mêmes. La source, en revanche, demeure insaisissable. Les articles évoquent tour à tour « des informations concordantes » ou renvoient à d'autres médias, sans qu'aucun ne produise un document, un communiqué ou une déclaration permettant d'établir la réalité du projet.
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Les vérifications effectuées par EcoMatin n'ont, par ailleurs, permis d'identifier ni une société dénommée "Danpullo Air Line", ni un dossier de création de compagnie aérienne déposé auprès de la Cameroon Civil Aviation Authority (CCAA), l'autorité chargée de délivrer les licences d'exploitation et les certificats de transporteur aérien.
« Une grossière fake news »
Contacté, Baba Ahmadou Danpullo répond par la voix de l'un de ses avocats, Me Mbanzehe Aggee, qui dément catégoriquement l'existence d'un tel projet. « Il n'en est rien. C'est une grossière fake news », tranche-t-il. Pourquoi alors n'avoir publié aucun démenti ? « Nous avons fait le choix de laisser cette rumeur s'éteindre d'elle-même », explique l'avocat. Selon lui, l'homme d'affaires est aujourd'hui davantage mobilisé par ses multiples activités ainsi que par le contentieux judiciaire qui l'oppose à MTN Cameroun et Chococam.
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Cette bataille, née du litige entre sa holding Bestinver et la First National Bank (FNB) d'Afrique du Sud, s'est progressivement étendue aux filiales camerounaises de plusieurs groupes sud-africains. Elle porte aujourd'hui sur des créances et des saisies de plusieurs centaines de milliards de FCFA, dont une action en paiement de 263 milliards de FCFA visant MTN Cameroun. En avril 2025, la Cour suprême du Cameroun a suspendu plusieurs procédures opposant les sociétés Bestinver à MTN Cameroun, Chococam et Broadband Telecom, dans l'attente d'une décision sur leur éventuel renvoi devant une autre juridiction.
Le terrain déjà favorable à la rumeur
Si cette annonce a rencontré un tel écho, c'est aussi parce qu'elle intervenait dans un secteur où les attentes restent considérables. Après avoir retrouvé son niveau d'avant-pandémie, le trafic aérien camerounais a dépassé 1,8 million de passagers en 2024. Pourtant, l'offre demeure insuffisante, aussi bien sur le marché domestique que sur les liaisons régionales. Au sein de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac) où vivent plus de 65 millions d'habitants partageant une même monnaie, voyager d'une capitale à l'autre impose encore, dans bien des cas, une correspondance hors de la sous-région.
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La compagnie aérienne nationale Camair-Co peine, elle aussi, à répondre à cette demande. Sa flotte, qui comptait jusqu'à une dizaine d'appareils à ses débuts, s'est progressivement réduite au fil des années. Malgré les efforts engagés dans le cadre d'un nouveau plan de restructuration, la compagnie continue de faire face à des contraintes opérationnelles qui se traduisent régulièrement par des vols annulés, des retards et une offre limitée. Son plan stratégique prévoit d'ailleurs près de 95 milliards de FCFA d'investissements pour reconstituer progressivement sa flotte, avec un objectif de quatorze appareils à moyen terme, dont 47 milliards de FCFA doivent être apportés par la Banque de développement des États de l'Afrique centrale (BDEAC).
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Du coup, l'idée de voir émerger un opérateur privé disposant de moyens financiers importants est régulièrement avancée comme une solution susceptible de dynamiser le marché et d'instaurer une véritable concurrence dans le ciel camerounais. C'est aussi ce qui a contribué à rendre crédible l'annonce attribuée à Baba Ahmadou Danpullo.

