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Banques et Finance

Cameroun : la COBAC craint des perturbations dans le secteur bancaire après les offensives de la Caisse des dépôts

Le régulateur bancaire régional alerte sur un risque de crise dans le système financier camerounais, au cœur d’un bras de fer inédit avec la CDEC.

Publiée jeudi 13 novembre 2025 à 15:19:27Modifiée lundi 17 novembre 2025 à 12:32:16Temps de lecture 5 minPar Cedrick JIONGO

La Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) s’est dite préoccupée par l’offensive menée ces derniers mois par la Caisse des dépôts et consignations du Cameroun (CDEC) contre plusieurs banques et établissements de microfinance du pays. L’institution publique chargée de la gestion des fonds et avoirs inactifs a, ces derniers mois, multiplié les plaintes pour détournement de fonds publics contre des dirigeants de banques, procédé à des saisies et avis à tiers détenteur pour plusieurs milliards de FCFA, et adressé des correspondances aux maisons-mères de groupes bancaires internationaux « comportant des menaces », a indiqué le Secrétaire général adjoint de la COBAC dans une lettre adressée au ministre camerounais des Finances.

Lire aussi : Cameroun : la CDEC traîne sept DG de banques en justice

Selon nos informations, la CDEC a, en effet, engagé des poursuites pénales contre les directeurs généraux de sept établissements bancaires à savoir Citibank, Afriland First Bank, Ecobank, UBA, SCB, Société Générale Cameroun et CBC. Il leur est reproché des faits qualifiés de « coaction et complicité de détention sans droit des avoirs », de « refus de transfert des fonds » qui lui seraient légalement dévolus.

Pour le gendarme bancaire de la CEMAC, ces initiatives sont susceptibles de « perturber les activités du secteur bancaire » et « entrainer des difficultés dans la gestion de la trésorerie des établissements ». L’APECCAM, une association qui regroupe toutes les 19 banques camerounaises est allée plus en loin évoquant « un risque élevé de crise sur le système bancaire Camerounais ». Dans sa lettre signée de 22 octobre 2025, le SG de la COBAC invite le ministre Camerounais à « intervenir », en sa qualité d’autorité de tutelle de la CDEC.

On ignore quelle suite a été donnée par le ministre Camerounais à la requête du régulateur. Louis Paul Motaze avait déjà, dans une précédente lettre, interpellé le DG de l’institution publique lui enjoignant de privilégier « le dialogue et la persuasion plutôt que l’esclandre et la discourtoisie ».

Pomme de discorde
Le différend qui oppose depuis plusieurs mois les banques camerounaises (appuyées par leur régulateur) à la Caisse des dépôts, opérationnelle depuis 2023, repose globalement sur un conflit de législations entre cadres nationaux et communautaires. Si le modèle des caisses de dépôts reste encore récent dans la région, son application à la gestion des dépôts publics a conduit la COBAC à réviser son dispositif réglementaire.

Lire aussi : Avoirs en déshérence : la COBAC hausse le ton face aux banques récalcitrantes

La Commission bancaire, qui a adopté en juillet 2025 deux règlements communautaires harmonisant la gestion des caisses de dépôts, rappelle que ces textes, entrés en vigueur le 1er septembre, encadrent déjà la procédure. Dans le même esprit, la COBAC indique avoir demandé aux banques de lui transmettre les volumes concernés et dit accompagner le transfert des avoirs selon un calendrier concerté. « Il est donc incompréhensible que la CDEC s'évertue à engager des poursuites à l'encontre des établissements de crédit, de microfinance et de paiement du Cameroun ».

Un autre point d’achoppement qui semble se dégager est la nature des avoirs réclamés. Par exemple, en septembre, la CDEC a réclamé à Afriland First Bank le transfert de 126,6 milliards FCFA issus des fonds cantonnés de Mobile Money Corporation, la filiale de MTN. Problème : ces sommes, représentant l’épargne des usagers du mobile money, sont juridiquement insaisissables, selon la Banque Centrale. Yvon Sana Bangui, le gouverneur de l’institution et par ailleurs Président de la COBAC avait aussitôt recadré la Caisse, lui enjoignant de « cesser toute action » sur ces avoirs.

Lire aussi : Richard Evina Obam, DG de la CDEC : « nous déplorons le traitement discriminatoire de la COBAC envers le Cameroun »

« Jugements de valeur »
Du côté de la CDEC, la contre-attaque ne s'est pas faite attendre. Dans une lettre virulente adressée au Secrétaire général de la COBAC et largement relayée sur les réseaux sociaux, le directeur général Richard Évina Obam accuse la Commission bancaire d’avoir pris « fait et cause » pour les établissements en infraction et d’outrepasser ses compétences. Selon lui, l’institution régionale « élude la vraie problématique », à savoir le transfert des ressources légalement dévolues à la Caisse, pour se focaliser sur « de prétendues perturbations du secteur bancaire ».

Le directeur général rejette enfin toute idée d’ingérence de son institution dans le système bancaire, accusant au contraire la COBAC de s’immiscer dans des domaines qui relèvent de la souveraineté nationale, comme le système de cautionnement des marchés publics. « Il ne revient nullement à la COBAC d’émettre des jugements de valeur sur les choix nationaux de politiques publiques », tranche-t-il, avant d’appeler la Commission à « se recentrer sur ses missions originelles de régulateur objectif pour une stabilité pérenne du système financier sous-régional ».

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