La Direction générale des impôts (DGI) du Cameroun s'apprête à opérer une révolution technologique d'envergure. Selon des informations exclusives d’EcoMatin, le fisc camerounais peaufine actuellement les derniers réglages pour la mise en œuvre d'un système de Taxation en Temps Réel (TTR), adossé à un mécanisme de suivi électronique. Le processus de sélection des opérateurs techniques chargés du déploiement des solutions est désormais dans sa phase finale. Cette réforme va connecter directement les systèmes de facturation des entreprises aux serveurs de l'administration, marquant la fin des déclarations traditionnelles sur papier, souvent sujettes à des minorations ou des retards.
L'implémentation opérationnelle de cette réforme débutera dès l'exercice 2026, avec des conséquences financières immédiates : la DGI table sur un impact minimal de 30 à 40 milliards de FCFA de recettes additionnelles pour cette seule année pilote. Les perspectives à moyen terme s'annoncent encore plus spectaculaires puisque dès 2027, l'apport de la facturation électronique devrait surpasser la barre des 150 milliards de FCFA, avant d'atteindre son pic de contribution en 2028. À terme, cette traçabilité totale va assainir l'environnement des affaires en éliminant la concurrence déloyale et dotera le pays de ressources souveraines indispensables.
Cette ambition s'inscrit en droite ligne des objectifs macroéconomiques fixés par le gouvernement camerounais. En effet, selon la Loi de Finances 2026, l'État a arrêté un budget global qui s'équilibre en ressources et en emplois à la somme colossale de 8 816,4 milliards de FCFA. Pour financer cette enveloppe en nette progression, le gouvernement s'appuie massivement sur ses recettes internes, évaluées à 5 887 milliards de FCFA, au sein desquelles les recettes fiscales et douanières représentent le principal moteur avec un objectif de mobilisation fixé à 4 889,5 milliards de FCFA. La réussite de la TTR s'avère donc cruciale pour atteindre ces prévisions.
Une réforme fiscale pour décomplexifier les déclarations
L’enjeu central de cette transition numérique est l'optimisation du recouvrement de la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA), l’impôt de masse le plus rentable pour l'État, mais aussi le plus exposé aux fraudes et aux rétentions de trésorerie. En suivant instantanément la production et l'ensemble des opérations de facturation, le fisc s'assure que chaque centime payé par le consommateur final soit reversé au Trésor public de manière automatique, intègre et sans intermédiaire.
Lire aussi : Taxation des influenceurs et créateurs de contenus au Cameroun : ce que dit réellement la loi
Pour amorcer ce virage historique, l'administration fiscale a ciblé quatre secteurs stratégiques, réputés pour leur hyper-liquidité et leur concentration économique : la téléphonie mobile, les industries brassicoles, les cimenteries et les jeux de hasard. Ces piliers de l'économie camerounaise brassent quotidiennement des flux financiers massifs à travers des millions de micro-transactions, rendant le contrôle fiscal traditionnel a posteriori particulièrement complexe et inefficace.
Économiquement, le poids de chacun de ces secteurs est colossal. Celui des télécoms, dominé par MTN et Orange, pèse plus de 600 milliards de FCFA de chiffre d'affaires annuel, propulsé par l'explosion du Mobile Money. L'industrie brassicole (Boissons du Cameroun, UCB, etc.) représente un marché estimé à plus de 500 milliards de FCFA, soutenu par une consommation locale en croissance constante. Le secteur cimentier, stimulé par les grands chantiers d'infrastructures (Cimencam, Dangote, Cimaf), pèse environ 300 milliards de FCFA. Enfin, les jeux de hasard et de paris sportifs, en plein boom numérique, génèrent désormais plus de 100 milliards de FCFA par an, captant une part massive de l'épargne populaire.
Lire aussi : Prisons : au Cameroun, l'État veut empocher au moins 58 millions FCFA sur le travail des détenus en 2026

