La question de l’imposition des créateurs de contenus et des personnes communément appelées « influenceurs » alimente depuis quelques jours un vif débat sur les réseaux sociaux au Cameroun. La polémique est née à la suite de propos attribués au ministre des Finances lors de la cérémonie officielle de présentation du budget de l’État, organisée récemment à Ngaoundéré. Selon certaines interprétations relayées en ligne, le gouvernement envisagerait de taxer non seulement les revenus générés par ces activités numériques, mais aussi le nombre d’abonnés, donnant naissance à l’expression controversée de « taxe influenceur ».
Avant toute chose, il convient de clarifier les termes. Un créateur de contenus est une personne qui produit régulièrement des contenus (vidéos, textes, images, podcasts, etc.) destinés à être diffusés sur des plateformes numériques. Un influenceur est un créateur de contenus dont l’audience, par sa taille ou son engagement, lui permet d’influencer les opinions. Ces activités génèrent des revenus, à travers la publicité, la monétisation des vues, les partenariats commerciaux ou encore les abonnements payants. À ce titre, il s’agit d’activités économiques à part entière, dont les revenus sont, par principe, imposables.
Une imposition déjà prévue par la loi
Contrairement à certaines affirmations, l’imposition des revenus issus des plateformes numériques ne constitue pas une nouveauté introduite en 2026. Elle a été consacrée dès la loi de finances 2024, à travers les articles 56 (2) h, 70 (2) et 92 ter du Code général des impôts. Ces dispositions étendent le champ de l’impôt sur les Bénéfices Non Commerciaux (BNC) aux « revenus générés sur les plateformes numériques par des particuliers ».
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Même si le texte ne mentionne pas explicitement les termes « influenceur » ou « créateur de contenus », il vise clairement « les particuliers qui réalisent des opérations de vente de biens, de fourniture de services, d’échange ou de partage de biens » via des plateformes numériques. Les revenus concernés sont soumis à une retenue à la source au taux réduit de 5 %. Sur ce point, l’État agit donc dans un cadre légal, existant et non discriminatoire, au même titre que pour d’autres professions indépendantes.
Pas de taxe sur le nombre d’abonnés
En revanche, aucune disposition de la loi de finances 2026 ne prévoit une taxation basée sur le nombre d’abonnés, contrairement à ce qui circule sur les réseaux sociaux. Cette idée résulte d’une confusion avec une autre réforme fiscale, distincte, qui concerne non pas les particuliers, mais les entreprises du numérique opérant au Cameroun sans y avoir de présence physique.
Lors de la présentation des innovations fiscales à Ngaoundéré, Abdoulaye Fayçal, directeur de la législation à la Direction générale des impôts (DGI), a précisé que cette réforme vise les grandes entreprises numériques étrangères. « Nous voulons faire payer les entreprises du secteur du numérique qui réalisent des affaires au Cameroun sans y être physiquement installées », a-t-il expliqué.
Ce que vise réellement la nouvelle réforme
Cette mesure cible principalement les plateformes de streaming (Netflix, Spotify, Amazon Prime), les services de publicité numérique (Google Ads, Meta Ads, TikTok Ads), les marketplaces (Amazon, Alibaba, Jumia), les services de cloud et, plus largement, toute activité fournie par voie électronique. Une entreprise peut désormais être assujettie à l’impôt sur les sociétés au Cameroun dès lors qu’elle dispose d’une présence économique significative, définie par deux seuils : un chiffre d’affaires annuel d’au moins 50 millions de FCFA ou 1 000 utilisateurs situés sur le territoire camerounais.
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Depuis 2021, ces entreprises reversent déjà la TVA sur les services fournis au Cameroun. La nouveauté introduite par la loi consiste à leur appliquer également l’impôt sur les sociétés, selon un mode de calcul forfaitaire. En l’absence de comptabilité locale, la loi considère que 10 % du chiffre d’affaires réalisé au Cameroun constitue le bénéfice imposable, sur lequel est appliqué le taux normal de 30 %. Dans les faits, cela équivaut à une imposition effective de 3 % du chiffre d’affaires brut.
Cette approche est conforme aux pratiques observées dans plusieurs pays africains. La Côte d’Ivoire applique un prélèvement compris entre 3 % et 5 %, le Maroc un taux de 3 %, et la Tanzanie 2 %. Selon l’administration fiscale, ce nouveau dispositif pourrait rapporter environ 5 milliards de FCFA par an à l’État. Un montant appelé à croître avec l’essor des usages numériques et l’arrivée progressive de nouveaux opérateurs étrangers dans le champ de la loi.











