Une délégation américaine conduite par Christen Machak, chef de la section politique et économique de l’ambassade des États-Unis à Yaoundé, a été reçue la semaine dernière à la Société nationale des Mines (Sonamines) par son directeur général Serge Hervé Boyogueno. Objectif ? S’informer de l’avancement des projets miniers et des incitations prévues par le code minier. C’est déjà la deuxième mission américaine à la Sonamines cette année, après une visite similaire en mars.
Derrière ces échanges, l’intérêt américain porte clairement sur les minerais critiques, au cœur de la stratégie de Donald Trump pour limiter la montée en puissance de la Chine. Selon Africa Intelligence et 1st Africa, une délégation plus importante, conduite par Drew Horn, patron de la société Greenmet et proche du Conseil de sécurité nationale, est également attendue fin septembre à Yaoundé. Elle devrait rencontrer notamment le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, pour discuter de projets jugés stratégiques.
Nkamouna dans le viseur
Au centre de toutes les attentions, le projet cobalt-nickel-manganèse de Nkamouna-Lomié, à l’Est du pays. Les ressources sont évaluées à 68 millions de tonnes de minerai (0,26 % de cobalt, 0,66 % de nickel et 1,48 % de manganèse). Le permis d’exploitation détenu par la société Geovic Cameroon SA (contrôlée par Phoenix Mining) a récemment été repris par l’État et transféré à la Sonamines qui a été mandaté pour restructurer les données, évaluer le potentiel et sélectionner un partenaire technique et financier pour lancer l’exploitation. La Sonamines s’est également vu rétrocéder deux autres actifs que sont les gisements de rutile et de diamant de Mobilong.
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Washington souhaite que Nkamouna reste sous son influence et prévoit d’importants financements afin d’éviter une prise de contrôle par de nouveaux acteurs chinois, apprend-t-on.
Rivalité avec la Chine
Si les responsables américains évitent de parler ouvertement de compétition frontale avec Pékin, il reste que les États-Unis veulent sécuriser l’accès aux minerais critiques africains, essentiels pour la transition énergétique et l’industrie de défense. Le Cameroun apparaît ainsi comme une opportunité rare, alors que la Chine domine déjà la chaîne mondiale du cobalt et du nickel via ses investissements massifs en RDC.
À Washington, David Copley, nouvellement nommé au Conseil de sécurité nationale, coordonne cette stratégie. Ancien officier du renseignement, il pilote l’effort américain pour rattraper le retard accumulé face à Pékin. L’approche reste pour l’instant largement financière (via le Département d’État, le Pentagone et l’US International Development Finance Corporation (DFC)) mais Trump veut accélérer en mobilisant tous les leviers diplomatiques, militaires et économiques.
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Pour Yaoundé, l’intérêt américain est une source bienvenue de capitaux et de partenariats. Mais le gouvernement insiste sur le respect de sa souveraineté et de ses priorités de développement. La présidence entend garder la main sur le processus de réattribution des permis et privilégier un consortium public-privé autour de la Sonamines. L’arrivée successive de délégations américaines confirme que le Cameroun est désormais intégré dans la nouvelle géopolitique des minerais critiques. Mais entre rivalités de grandes puissances et impératifs de souveraineté nationale, l’équation reste délicate.
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