À l'approche de l'élection présidentielle du 12 octobre, des candidats de l'opposition camerounaise, retenus dans la course à la présidentielle, rivalisent d'ingéniosité pour mobiliser les fonds nécessaires à leur campagne. Face aux moyens financiers colossaux du parti au pouvoir, et aux limites du soutien institutionnel, les challengers de Paul Biya, 43 ans au pouvoir, se tournent vers les nouvelles technologies et les appels à la générosité de leurs militants et sympathisants.
Ainsi, pour contourner les faiblesses et les limites des mécanismes de financement traditionnel, nombre de candidats font appel directement à la générosité des citoyens et de leur base militante, question de créer un lien direct avec l’électorat qui, au passage, se sent plus impliqué et responsabilisé. Ces stratégies, dans leur ensemble, illustrent la capacité d’adaptation des candidats à l’environnement de leur électorat potentiel, composé en majorité de jeunes et de personnes connectés qui privilégient les outils numériques pour leurs transactions. Elles sont aussi la démonstration d’une opposition qui entend saisir les opportunités qui se présentent à elle pour atteindre ses ambitions.
Financement participatif, engagement citoyen, appel de fonds, etc., toutes les initiatives et démarches déployées ces dernières semaines visent à remplir la cagnotte des candidats à travers le Mobile Money ou encore des virements bancaires. Pour Bello Bouba Maïgari par exemple, c’est à travers le slogan « soutenez la campagne de Bello Bouba », que le candidat de l’UNDP a lancé un appel direct à ses partisans. Cette initiative s'inscrit dans une logique de financement participatif où sa base militante et les sympathisants sont invités à faire des dons, via des transferts bancaires.
Lire aussi : Cameroun : le Conseil constitutionnel rejette le recours d'Akere Muna sur l'inéligibilité de Paul Biya
Issa Tchiroma Bakary, candidat du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), axe la mobilisation des fonds de campagne sur la mutualisation des efforts collectifs. « Contribuons et bâtissons ensemble la transition ». Cet appel à la responsabilité collective est non seulement une invite à une contribution financière, mais aussi à un engagement citoyen pour le changement. En reliant le don d'argent à la construction d'un avenir meilleur pour le Cameroun, Issa Tchiroma cherche à mobiliser une masse de contributeurs engagés au-delà de sa seule base partisane.
Les initiatives lancées par Tomaino Ndam Njoya, candidate de l’Union démocratique du Cameroun (UDC) qui mise sur le Mobile Money et les virements bancaires, et de Cabral Libii du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), illustrent deux approches complémentaires, qui allient également appel financier et engagement citoyen.
Lire aussi : Présidentielle 2025 : les inquiétudes l’ONU sur les restrictions de l’espace civique au Cameroun
Tomaino Ndam Njoya, a en effet choisi une approche axée sur la responsabilisation et l'impact direct du citoyen. Son slogan de campagne pour la levée de fonds : « Ta voix compte, ton pouvoir agit. Ensemble, ouvrons une nouvelle ère », est une formule qui résume la confiance et l'engagement de sa base militante et des Camerounais qui partagent sa vision, va au-delà du simple don financier. Il incite chaque électeur à ne pas se contenter d'exprimer son choix par un vote, mais à agir concrètement en contribuant financièrement à la campagne. Le "pouvoir" du citoyen n'est pas seulement dans l'urne, mais aussi dans sa capacité à donner vie à un projet politique.
L’appel à la contribution financière pour la campagne présidentielle de Cabral Libii est direct et simple : « Réussir ensemble, apportez votre contribution ici ». Ce slogan met l’accent sur la notion de succès collectif, renforce l'idée de solidarité et d'effort partagé pour atteindre un objectif commun. Car, la réussite de la campagne du PCRN et de son candidat ne dépend pas d'un individu, mais de la contribution de chacun.
Lire aussi : Affaire du bras levé : le Conseil Constitutionnel déboute le SDF face au PURS
Serge Matomba et l'initiative « Kolo » (billet de 1000FCFA en argot au Cameroun) pour la protection du vote a fait fureur. Cette contribution symbolique est davantage destinée à financer le déploiement d'observateurs électoraux dans les bureaux de vote à travers le pays. Pour lui, la transparence du vote est la clé d'une élection équitable. En faisant appel à ses sympathisants, il les invite à devenir acteurs de la protection de leur propre choix électoral.

