Le septième sommet extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), réuni ce dimanche 7 septembre à Sipopo, en Guinée équatoriale, a porté le diplomate burundais Ézéchiel Nibigira à la tête de la Commission de l’organisation sous-régionale. Il succède à l’Angolais Gilberto da Piedade Verissimo, arrivé en fin de mandat, pour un bail de cinq ans. Sa candidature a été entérinée à l’unanimité par les chefs d’État, sur proposition des ministres de la Communauté. La conférence a immédiatement officialisé son entrée en fonction, après sa prestation de serment devant le président en exercice de la CEEAC, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo.
Au-delà du renouvellement de l’exécutif communautaire, la conférence a longuement évoqué la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), où plusieurs territoires demeurent sous l’emprise de groupes armés. Les dirigeants de la sous-région ont appelé à l’application immédiate de la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU, considérée comme le socle d’un retour à la paix. La déclaration finale a par ailleurs salué « les efforts conjoints des processus de Lomé, Doha et Washington » pour stabiliser la région.
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Cinq chefs d’État étaient présents à Malabo : Teodoro Obiang Nguema (Guinée équatoriale), Félix Tshisekedi (RDC), Évariste Ndayishimiye (Burundi), Faustin-Archange Touadéra (Centrafrique) et Brice Clotaire Oligui Nguema (Gabon).
Né en 1975 dans la province de Bujumbura, Ézéchiel Nibigira a bâti une carrière polyvalente au service de son pays et de l’intégration régionale. Titulaire d’un master en finance de l’université de Liverpool et actuellement doctorant, il a d’abord enseigné à l’université avant d’occuper plusieurs postes stratégiques : directeur des douanes, député, puis ambassadeur du Burundi au Kenya. En 2018, il est nommé ministre des Affaires étrangères, puis, en 2020, il prend le portefeuille de la Communauté est-africaine, de la Jeunesse, des Sports et de la Culture. À ce poste, il s’est confronté directement aux questions d’intégration régionale, notamment l’élargissement de la Communauté d’Afrique de l’Est et les débats sur une fédération politique.
Polyglotte, doté d’une solide culture économique et politique, il est reconnu comme un médiateur pragmatique et un négociateur fin, capable de trouver des compromis dans des contextes complexes. Son mandat s’ouvre dans un contexte de réformes institutionnelles lourdes : la préparation de la fusion entre la CEEAC et la CEMAC, un processus de rationalisation voulu par l’Union africaine. Ce chantier suppose l’harmonisation des cadres juridiques, le partage des compétences et la conciliation d’intérêts parfois divergents entre pays producteurs de pétrole et pays enclavés.
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Sur le plan économique, l’Afrique centrale accuse un retard préoccupant. Les échanges commerciaux entre pays membres de la CEEAC ne représentent que 2 % du total régional (environ 1,5 milliard USD), contre une moyenne de 15 à 16 % dans les autres sous-régions africaines. À l’échelle continentale, les échanges intra-africains atteignaient 208 milliards USD en 2024, en hausse de 7,7 % sur un an, mais la contribution de l’Afrique centrale reste marginale.
Sur le front politique et sécuritaire, le nouveau président de la Commission devra contribuer à apaiser les foyers de crise au Tchad, en Centrafrique et en RDC, tout en renforçant la crédibilité d’une organisation encore jugée en quête de visibilité et de moyens. La réussite d’Ézéchiel Nibigira dépendra de sa capacité à redonner un souffle à la CEEAC, à mobiliser les bailleurs de fonds et à poser les bases solides d’une fusion avec la CEMAC.
Initialement prévu à Yaoundé le 18 juillet dernier, un sommet conjoint CEEAC–CEMAC convoqué par le président du Cameroun, Paul Biya, en tant que président dédié à la rationalisation, avait été reporté sine die, illustrant les difficultés politiques entourant cette intégration. Le diplomate burundais prend donc les rênes d’une institution à un moment charnière, où les attentes des États membres sont particulièrement élevées.
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