Les capitaux étrangers perdent du terrain dans les banques de la CEMAC. À fin décembre 2025, la sous-région comptait 31 banques à capitaux majoritairement étrangers, contre 38 un an auparavant, soit une diminution de sept établissements. À l'inverse, le nombre de banques à capitaux privés nationaux est passé de six à dix, tandis que celles à capitaux publics ont progressé de douze à treize. C'est ce que révèle le rapport annuel 2025 de la Commission bancaire de l'Afrique centrale (COBAC).
Ces mouvements sont d'autant plus notables que le nombre total de banques en activité dans les six pays de la CEMAC n'a diminué que de deux unités, passant de 56 à 54. La proportion d'établissements classés à capitaux étrangers est ainsi revenue de 67,9 % à 57,4 % en un an. Celle des banques à capitaux publics et privés nationaux atteint désormais 42,6 %, contre 32,1 % en 2024. Pour la COBAC, cette évolution s'inscrit dans un mouvement de recomposition du paysage bancaire « marqué par le désengagement progressif de certains groupes bancaires européens et l'expansion d'acteurs panafricains au sein de la CEMAC ». Le régulateur évoque également le « repositionnement stratégique de quelques groupes européens et le renforcement de groupes bancaires ouest-africains », dont plusieurs poursuivent leur implantation dans la sous-région.

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Société Générale et Standard Chartered redistribuent les cartes
Le Cameroun offre l'une des illustrations les plus visibles de cette transformation. En juillet 2025, Société Générale a conclu un accord avec l'État camerounais pour lui céder les 58,08 % qu'elle détenait dans sa filiale locale. L'opération, validée par la COBAC en 2026, a porté la participation publique à 83,68 %, contre 25,6 % auparavant. L'État est ainsi devenu l'actionnaire majoritaire d'un établissement historiquement contrôlé par le groupe bancaire français. Toujours au Cameroun, le britannique Standard Chartered a cédé ses activités au groupe nigérian Access Bank. Finalisée en décembre 2025, cette opération a contribué à réduire le nombre d'établissements bancaires dans le pays, sans pour autant accroître celui des banques à capitaux nationaux. Access Bank demeure en effet un groupe étranger au sens de la classification de la COBAC, qui considère comme tels les investisseurs originaires de pays extérieurs à la CEMAC.
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Au Congo, le régulateur cite également la fusion-absorption de Société Générale Congo par BGFIBank Congo. Cette opération a permis au groupe bancaire originaire du Gabon de renforcer sa présence sur le marché congolais, tout en entraînant la disparition d'une entité bancaire distincte. En Guinée équatoriale, le groupe panafricain Vista a finalisé la reprise de Société Générale de Banques en Guinée équatoriale, après un accord initial conclu en 2023. Cette transaction illustre le relais pris par des investisseurs africains dans certains marchés abandonnés par les groupes européens.
Un secteur qui génère 524 milliards de bénéfices
Cette redistribution de l'actionnariat intervient dans un secteur bancaire particulièrement rentable. Selon la COBAC, les 54 banques de la CEMAC ont dégagé un bénéfice net cumulé de 524 milliards FCFA en 2025, en progression de 16,4 % sur un an. Leur produit net bancaire, qui mesure les revenus tirés de leurs activités, a augmenté de 12,5 %, à 1 723 milliards de FCFA. La croissance se retrouve également dans les principaux postes du bilan. Les actifs cumulés des banques ont atteint 27 536 milliards de FCFA, en hausse de 10,3 %. Les dépôts de la clientèle ont progressé de 5,9 %, à 19 065 milliards de FCFA, tandis que les crédits bruts distribués ont augmenté de 12 %, à 13 998 milliards de FCFA. La rentabilité des fonds propres s'est établie à 22,62 %, contre 21,64 % un an auparavant.
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Par contre, les créances brutes en souffrance ont atteint 2 244 milliards de FCFA en 2025, en hausse de 10,9 %, soit 16 % des crédits bruts à la clientèle. Les banques ont constitué 1 616 milliards de FCFA de provisions pour couvrir la dépréciation de leurs créances. Autre point de vigilance, leur exposition aux États. Les crédits directs et titres publics détenus par les banques totalisaient 10 641 milliards de FCFA à fin 2025, en augmentation de 19,9 %. Sur ce montant, 8 038 milliards correspondaient à des titres publics. La COBAC décrit ainsi un secteur « solide et rentable, mais exposé à une qualité d'actifs encore fragile et à l'accroissement du risque souverain ».
À fin 2025, malgré le recul enregistré en un an, les capitaux étrangers conservaient une place prépondérante dans le système bancaire régional, avec 31 établissements sur 54.







