Les grandes multinationales installées au Cameroun pourraient devoir ouvrir 20 % de leur capital aux investisseurs via la Bourse des valeurs mobilières de l'Afrique centrale (BVMAC). C'est l'une des principales recommandations de la société de bourse FedhEn Capital, dans une étude pour le ministère des Finances (MINFI) présentée le 9 octobre 2026 à Yaoundé au secrétaire général du ministère, Gilbert Didier Edoa, qui représentait le ministre Louis Paul Motaze.
Engagée en juin 2024, la mission visait à identifier les obstacles au financement des entreprises camerounaises par le marché régional des capitaux. Elle propose notamment « une loi instituant l'obligation pour les grandes multinationales des télécommunications, des hydrocarbures, des mines et de la banque, réalisant plus de 50 milliards de FCFA de chiffre d'affaires, de diffuser 20 % de leur capital via la BVMAC dans un délai de trente-six mois », selon le discours de restitution.
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Le cabinet évoque une loi sectorielle, une inscription dans les cahiers des charges et une préparation de 12 à 18 mois. La proposition reste soumise à l'arbitrage du gouvernement, et aucune obligation de cotation n'a été instaurée à ce stade.
Un marché encore étroit
Le constat de départ est net. Les entreprises camerounaises sont largement absentes du marché financier régional. La capitalisation de la BVMAC s'établissait à environ 478 milliards de FCFA à fin 2025, contre 13 331 milliards pour le seul compartiment actions de la BRVM, la Bourse de l'UEMOA, soit près de 28 fois plus. L'étude recense 1 462 sociétés anonymes camerounaises au capital d'au moins 10 millions de FCFA, mais seulement six émetteurs privés cotés. Il s'agit de Socapalm, Safacam, SEMC et La Régionale Bank pour les actions, d'Alios Finance Cameroun et d'ACEP Microfinance pour les obligations.
« Le problème n'est donc pas l'absence de capitaux », a fait valoir le cabinet, qui rappelle que les résidents de la CEMAC détiennent au moins 2 897 milliards de FCFA d'avoirs à l'étranger, selon des données attribuées au FMI. Le défi consiste à orienter cette épargne vers les entreprises locales. Si elle était retenue, la mesure toucherait l'actionnariat de filiales de groupes étrangers, qui pourraient conserver un actionnaire majoritaire. Les documents ne disent pas si les 20 % seraient diffusés par cession d'actions existantes ou par augmentation de capital.
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La distinction est essentielle, puisque la première profite aux actionnaires actuels et la seconde apporte des fonds à l'entreprise. Le seuil de 50 milliards de FCFA ne permet pas non plus de dresser la liste des sociétés concernées, et la mesure soulève des questions de valorisation, de droits des actionnaires et de compatibilité avec les règles communautaires. FedhEn Capital recommande aussi d'obtenir de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) un assouplissement du régime des changes applicable aux investissements de portefeuille.
L'État appelé à donner l'exemple
L'étude invite également les pouvoirs publics à accélérer l'ouverture du capital des entreprises publiques, à travers un programme pluriannuel d'au moins une cession partielle par an sur la BVMAC, avec 20 % des titres offerts réservés aux particuliers camerounais. Aéroports du Cameroun, Port autonome de Douala, Sodecoton et Cameroon Hotels Corporation figurent parmi les candidates identifiées dans les réflexions sur la valorisation du portefeuille public. Le cabinet propose enfin une subvention des frais de préparation à la cotation, pour accompagner 15 PME et 10 grandes entreprises sur cinq ans, avec un objectif de cinq introductions en Bourse.
« Les conditions techniques sont réunies ; il reste à préparer les entreprises et à donner l'impulsion », résume FedhEn Capital. Reste à savoir si le gouvernement transformera ces recommandations en loi, ce qui introduirait, au-delà des incitations, une obligation de cotation pour certaines grandes entreprises.
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