Le secteur camerounais de la microfinance a terminé l'exercice 2025 dans le rouge. Selon le rapport annuel de la Commission bancaire de l'Afrique centrale (COBAC), les établissements de microfinance (EMF) opérant dans le pays ont accusé une perte nette cumulée de 6,87 milliards de FCFA, contre un bénéfice de 5,24 milliards un an auparavant. Soit une dégradation de 12,1 milliards FCFA en douze mois, qui met fin à cinq années consécutives de résultats positifs. Cette contre-performance est d'autant plus notable que le Cameroun constitue le premier marché de la microfinance de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC). D'après les données du Comité national économique et financier (CNEF), le pays comptait 385 établissements agréés à fin décembre 2025, dont 301 de première catégorie, principalement des structures mutualistes et coopératives, et 84 de deuxième catégorie.
1 432,5 milliards FCFA de bilan
Leur activité a pourtant continué de progresser. Les dépôts collectés ont augmenté de 14,1 %, pour atteindre 1 112,5 milliards de FCFA, tandis que l'encours des crédits s'est accru de 9,1 %, à 819,2 milliards. Le total de bilan du secteur a également progressé de 16,7 %, passant de 1 227 à 1 432,5 milliards FCFA. Une croissance qui ne s'est donc pas traduite par une amélioration de la rentabilité. À l'échelle de la CEMAC, le Cameroun est le seul grand marché de la microfinance à afficher une perte nette en 2025. Au Congo, les établissements ont dégagé 5,24 milliards FCFA de bénéfices, malgré une baisse de 60 % sur un an. Au Gabon, le résultat net est resté positif à 3,3 milliards, en recul de 27 %.
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Le Tchad a renoué avec les bénéfices, à hauteur de 933 millions FCFA, après une perte de 269 millions en 2024. La Centrafrique et la Guinée équatoriale ont également terminé l'exercice dans le rouge, mais avec des déficits nettement plus modestes, respectivement de 177 millions et 37 millions de FCFA. Le retournement camerounais a ainsi lourdement pesé sur les performances régionales. Les bénéfices cumulés des microfinances de la CEMAC se sont effondrés de 89,4 %, passant de 22,5 milliards FCFA en 2024 à seulement 2,4 milliards en 2025.
Des crédits difficiles à recouvrer
La COBAC attribue cette dégradation régionale principalement à l'augmentation du coût du risque. Les dotations nettes aux provisions et aux amortissements des microfinances de la CEMAC ont bondi de 46,7 %, pour atteindre 33,6 milliards FCFA, contre 22,9 milliards un an plus tôt. Dans le même temps, les frais généraux ont progressé de 2 %, à 133,8 milliards, alors que le produit net financier reculait légèrement, à 147,6 milliards. Au Cameroun, les chiffres du CNEF font également apparaître des tensions sur le remboursement des prêts. Les créances en souffrance ont augmenté de 9,3 % à 183,2 milliards en 2025. Elles représentent désormais 22,37 % de l'encours des crédits, contre 22,33 % un an auparavant.
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Par ailleurs, on note la baisse du coût des crédits pour plusieurs catégories d'emprunteurs. Selon le CNEF, le taux effectif global moyen des prêts aux particuliers est passé de 42,12 % à 38,47 % entre 2024 et 2025. Celui des crédits aux PME a reculé de 34,77 % à 33,63 %. Cette évolution, favorable aux emprunteurs, intervient dans un secteur où les charges de fonctionnement restent élevées. Ces difficultés interviennent alors que les autorités cherchent à renforcer l'encadrement du secteur.
En 2025, la COBAC a ouvert sept nouvelles procédures d'administration provisoire visant des établissements de microfinance dans la CEMAC et engagé cinq procédures de liquidation. À fin décembre, quatorze EMF de la sous-région se trouvaient sous administration provisoire. Au Cameroun, plusieurs chantiers figurent également parmi les perspectives du secteur pour 2026. Le CNEF évoque notamment la poursuite du projet de création d'un Institut professionnel de la microfinance, destiné à accompagner la professionnalisation des acteurs, ainsi que la perspective d'un refinancement direct des établissements de microfinance par la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC).
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