American Renaissance Minerals (ARM) ne compte plus seulement sur la Société nationale des mines (Sonamines) pour prendre pied à Nkamouna. Après plusieurs mois de discussions sans parvenir à s'entendre avec l'entreprise publique sur le schéma de développement du projet, la société américaine a ouvert des canaux parallèles auprès du gouvernement camerounais et cherche désormais à faire remonter le dossier jusqu'à la présidence de la République. ARM s'est donné un délai d'environ 60 jours pour obtenir un permis ou un accord lui donnant accès au gisement de cobalt, nickel et manganèse de l'Est du Cameroun.
Pour mener cette offensive à Yaoundé, l’entreprise a nommé Alex Happi au poste de directeur pays. ARM bénéficie parallèlement de l'appui de l'ambassade des États-Unis, qui facilite ses contacts avec l'administration camerounaise.
Pomme de discorde
ARM et la Sonamines défendent deux architectures opposées pour Nkamouna. La société publique, à laquelle l'État a rétrocédé le gisement après le retrait en février 2025 du permis détenu depuis 2003 par Geovic Cameroon, veut conserver la maîtrise du projet et recruter un partenaire technico-financier. Son appel international lancé le 9 janvier dernier exigeait notamment des candidats une expérience minière conséquente et une capacité financière démontrée. Le 18 août, son directeur général Serge Hervé Boyogueno a déclaré la procédure infructueuse car aucun candidat n'avait satisfait aux critères. La Sonamines s'est depuis déclarée ouverte à des négociations directes, mais toujours avec des entreprises aux capacités « techniques et financières avérées ».
Lire aussi :Cameroun : deux projets de rutile et de cobalt-manganèse patinent, faute de partenaires « qualifiés »
Pour sa part, ARM veut disposer de davantage d'autonomie. Plutôt que d'intervenir comme simple prestataire ou partenaire de la Sonamines, elle veut un contrôle opérationnel nécessaire pour développer le gisement. Dans ce schémas, la société publique détiendrait les 10 % de participation gratuite revenant à l’État et prévus par le Code minier. Une architecture qu’ARM inscrit dans la nouvelle diplomatie américaine des minerais critiques. L'ambassade américaine à Yaoundé intervient comme facilitateur auprès des autorités camerounaises, tandis que le projet a été présenté fin août dans le cadre du dialogue économique et commercial entre Washington et Yaoundé.
C'est d’ailleurs à cette occasion que l'entreprise a annoncé son intention d'investir 85 millions de dollars à Nkamouna. La société est également adossée à GreenMet, structure fondée en 2021 par Drew Horn, ancien directeur de la politique du vice-président Mike Pence puis conseiller principal du directeur du renseignement national sous la première administration Trump. Horn a fait de Nkamouna l'un de ses dossiers africains prioritaires, aux côtés du Nigeria et du Tchad, où il a rencontré en 2025 le président Mahamat Idriss Déby pour signer un accord-cadre minier.
Risque d’arbitrage
À cette offensive diplomatique s'ajoute un levier juridique. En janvier dernier, ARM a conclu avec Geovic un accord lui donnant accès aux informations techniques accumulées sur Nkamouna notamment les données géologiques, les études de faisabilité, les essais métallurgiques et les travaux environnementaux. Selon la société, ces éléments lui permettent de mettre une première phase du projet en production dans environ 18 mois.
Lire aussi :Cameroun : la Sonamines cherche des partenaires pour relancer les projets miniers de Lomié et d’Akonolinga
Mais l'ancien opérateur conserve également la possibilité d'un contentieux. Geovic, désormais contrôlé par Phoenix Mining, a fait savoir qu'en l'absence d'une solution permettant à ARM de reprendre le projet, il se dit prêt à engager un arbitrage contre le Cameroun. Une perspective dont les autorités camerounaises se passeraient volontiers. Yaoundé sort à peine d'un arbitrage particulièrement coûteux avec l'australien Sundance Resources, qui s'est soldé en juillet par une condamnation à plus de 600 millions de dollars (environ 355 milliards de FCFA).
Le nerfs de la guerre
Le financement constitue cependant le point le plus vulnérable pour la société amércaine. Son partenaire Aeternum Resources, appelé à prendre le contrôle d'ARM, ne disposait au 30 juin 2026 que de 702 809 dollars de trésorerie. La société n'avait généré aucun revenu sur ses activités au premier semestre et avait consommé environ 1,6 million de dollars de cash. Son fonctionnement avait notamment été soutenu par 2,17 millions de dollars d'avances de parties liées, principalement apportées par son président Paul Mann.
Par ailleurs, les capitaux destinés à ARM ne sont pas encore définitivement acquis. Aeternum prévoit d'y investir 10 millions de dollars, dont 9 millions pour financer études, essais et travaux d'ingénierie autour de Nkamouna. Mais la réalisation de cette opération est elle-même conditionnée à l'obtention du permis minier camerounais, à la démonstration d'un soutien ou d'un financement potentiel du gouvernement américain et à plusieurs autres conditions. L'accord peut être résilié s'il n'est pas finalisé avant le 31 décembre. Cette situation explique aussi l'empressement d'ARM. La société a besoin de la licence pour pouvoir lever les fonds nécessaires au développement du projet. Reste à savoir si Yaoundé cédera avant l'expiration du délai qu'ARM s'est fixé. La Sonamines, de son côté, n'a pour l'instant formulé aucune réponse publique aux termes proposés par la société américaine.
ARM compte également profiter d'un nouveau mécanisme américain destiné aux investissements en Afrique. Lancé le 23 juillet par le Département d'État, le U.S.-Africa Strategic Investment Program est doté d'une enveloppe pouvant atteindre 500 millions de dollars, notamment pour les minerais critiques. Il prévoit des financements de 5 à 50 millions de dollars par projet. Mais ces fonds n'ont pas vocation à financer directement la construction d'une mine. Ils doivent surtout prendre en charge des études, infrastructures et autres dépenses permettant de préparer les projets et d'attirer ensuite des capitaux privés.
Rappelons que Nkamouna renferme environ 121 millions de tonnes de ressources en cobalt, nickel et manganèse. Sa mise en exploitation nécessiterait environ 300 milliards de FCFA d'investissement, pour une production capable de créer près de 1 200 emplois directs et indirects.
Lire aussi : Minéraux critiques : Geovic défie la Sonamines sur le cobalt de Nkamouna














