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Dette, FMI, PIB, emplois… : les chantiers économiques du gouvernement Makosso au Congo

Présenté le 22 juin 2026 devant l'Assemblée nationale, le programme d'action du nouveau gouvernement congolais déploie une stratégie globale pour doubler les recettes publiques, restructurer la dette avec l'appui du FMI et accélérer la diversification économique du pays, etc.

Publiée jeudi 25 juin 2026 à 10:28:24Modifiée jeudi 25 juin 2026 à 10:28:27Temps de lecture 8 minPar Marius Zogo

Le Premier Ministre congolais, Anatole Collinet Makosso
Le Premier Ministre congolais, Anatole Collinet Makosso

Le 22 juin 2026, le Premier ministre du Congo, Anatole Collinet Makosso a présenté devant l’Assemblée nationale le programme d’action de l'équipe ministérielle qu’il pilote depuis le 23 avril. Ce plan dévoile plusieurs priorités directement axées sur le volet socio-économique du pays.

Doubler les recettes publiques

Anatole Collinet Makosso pose d'abord comme priorité, la mobilisation des ressources financières publiques supplémentaires, en s'appuyant sur quatre leviers. Le premier repose sur une réforme de la fiscalité, axée sur la simplification du système, la digitalisation du recouvrement et une plus grande équité contributive. L’objectif est de doubler les recettes annuelles pour les porter de 2 369,6 milliards FCFA attendus à fin 2026 à 5 000 milliards FCFA à moyen terme, ce d'autant plus que, le pays n’a capté que 1,5 milliard FCFA sous forme de dons au premier trimestre, en chute de 84,5% en un an.

Pour compenser ce manque à gagner, le nouveau gouvernement mise également sur les financements innovants, notamment à travers les partenariats public-privé (PPP) sécurisés par un cadre juridique stabilisé. Enfin, l'exécutif entend accélérer la valorisation des ressources naturelles par leur transformation locale afin de capter davantage de valeur ajoutée. Un défi de taille alors que 40% des entreprises congolaises affirment éprouver des difficultés majeures liées aux coûts élevés de la transformation industrielle locale, selon la dernière note de conjoncture du ministère de l’Économie.

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Lire aussi : Congo : Sassou Nguesso élargit son gouvernement à 41 ministres

Le point culminant de cette stratégie sur les finances publiques réside dans le refinancement de la dette, à travers un reprofilage des échéances courtes vers des maturités plus longues afin d'améliorer la soutenabilité budgétaire du pays. Il convient de noter que la dette du Congo s’est établie à 92,36% du PIB à fin décembre 2025, dépassant largement le plafond communautaire de la CEMAC fixé à 70%. À fin mars 2026, ce stock global était évalué à 9 227,01 milliards FCFA, dominé à 59% par la dette intérieure.

Lire aussi : Le Congo sollicite un nouveau programme du FMI pour stabiliser ses finances

Pour réussir cette opération de refinancement, Brazzaville compte s'appuyer sur la conclusion d'un nouveau programme économique et financier avec le Fonds monétaire international (FMI) pour renforcer la crédibilité de ses réformes. Comme l'a expliqué le Premier ministre Anatole Collinet Makosso : « sans ce programme, nous risquons un tarissement progressif des financements extérieurs, alors même que nous avons besoin de ressources massives pour accélérer notre marche vers le développement ».

Investir dans le capital humain

Le gouvernement Makosso II prévoit de mettre l’accent sur l’éducation, la formation et la recherche pour soutenir l’innovation, le transfert technologique et la diversification économique. Cela passera par une hausse des budgets alloués et un renforcement de la gouvernance du système. Sur le plan sanitaire, marqué par l'annonce du Plan national de développement sanitaire 2027-2032, « la politique gouvernementale visera prioritairement le renforcement du personnel afin de rapprocher progressivement le ratio national, estimé à 17 agents de santé pour 10 000 habitants, du standard de l’OMS fixé à 44,5 pour 10 000 ». Enfin, « les jeunes, les femmes seront au cœur de la marche vers le développement ».

Tordre le cou à la corruption

En 2023, le chef d’Etat congolais avait révoqué jusqu’à neuf magistrats pour corruption. Preuve que le fléau perdure. Anatole Collinet Makosso annonce de ce fait, une intensification de l’action de la Haute Autorité de Lutte contre la Corruption (HALC), afin de renforcer la prévention et la répression des pratiques corruptives, tant du côté des agents publics que des usagers. Un point d’honneur sera mis sur la « culture du mérite », en revalorisant la compétence, le travail bien fait et l’intégrité.

Lire aussi : Climat des affaires : Denis Sassou Nguesso met en garde les fonctionnaires contre la corruption

Diversifier l’économie

L’urgence réside également dans la diversification de l’économie nationale en insistant sur l’agriculture, l’agro-industrie, l’énergie, les mines, le numérique, le tourisme (porter à 10% du PIB) les transports et l’économie circulaire. Cette transition est cruciale pour réduire la dépendance au pétrole, dont la chute de 19,1% des recettes au premier trimestre a quasiment effacé l’excédent budgétaire du pays. Parallèlement, le gouvernement s'attellera à l'amélioration du climat des affaires pour porter la croissance du PIB à 5,5% en 2026, contre 4,3% en 2025.

Agriculture, industrie

Sur le plan agricole et économique, le gouvernement vise la sécurité alimentaire en stimulant la production locale pour poursuivre le recul des importations (643,6 milliards FCFA au T1, soit -7,2%). Ce programme intègre la gestion du foncier et l'instauration d'un régime de partage de production pour les mines et les forêts. Côté infrastructures, l'accent est mis sur l'opérationnalisation de la zone économique spéciale de Pointe-Noire, la modernisation des ports secondaires et l'amélioration de la navigabilité fluviale, notamment sur l'axe stratégique Brazzaville-Bangui. Enfin, l'État prévoit d'assainir la gouvernance des entreprises publiques sectorielles (PABPS, Socotraf), de supprimer progressivement la parafiscalité et d'intensifier la lutte contre les trafics illicites sur le fleuve.

Emplois, fonction publique, Zlecaf…

Anatole Collinet Makosso annonce une transition de l’informel vers le formel, au cœur de l’action publique à travers des incitations ciblées et des allègements fiscaux et sociaux pour stabiliser les emplois précaires. Pour soutenir l'entrepreneuriat, le commerce et l'artisanat, le gouvernement va systématiser les clauses de contenu local dans les marchés publics et encourager les projets à Haute intensité de main-d’œuvre (HIMO).

Sur le volet socio-économique, un accent sera mis sur l’électrification, notamment, la réhabilitation de la ligne haute tension Pointe-Noire–Brazzaville qui devrait être consolidée avec l’appui d’ENI et de la Banque Mondiale ou encore la réhabilitation des infrastructures routières. Avec un effectif de 92 652 agents publics prévus en 2026, le Congo veut accélérer la rationalisation de ses effectifs à travers la digitalisation des ressources humaines, les sanctions systématiques et une gestion rigoureuse des carrières.

Lire aussi : Congo : pour son nouveau mandat, Denis Sassou Nguesso s'engage à "redynamiser l’économie"

Le gouvernement veut aussi moderniser le commerce intérieur et s'intégrer à la Zone de libre-échange continentale (Zlecaf). Cette priorité passe par la lutte contre la vie chère et l'informel, le développement du e-commerce (via une nouvelle loi), la modernisation des marchés domaniaux et des infrastructures logistiques, et la « pratiques assimilables à des péages illégaux ».

Selon le discours de M. Makosso, il s'agit de « privilégier des partenariats équilibrés et ouverts », consolidant notamment le partenariat stratégique avec la Chine ; son premier partenaire commercial, tout en renforçant ses relations avec les pays développés et émergents. Grâce à cette dynamisation de la diplomatie économique, le pays veut tisser des Partenariats publics privés et les investissements directs étrangers seront intensifiés.

Lire aussi : Titres publics : après le rééchelonnement de sa dette, le Congo vise 700 milliards FCFA de nouveaux emprunts en 2026

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