Alors le second trimestre de l’année 2025 tire bientôt à sa fin, les promesses du ministre Fuh Calistus Gentry sur l'essor minier du Cameroun se heurtent à une réalité implacable : le pays n'est toujours pas un exportateur de mines solides. Et pourtant, depuis fin 2023, le ministre par intérim des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt) de la première économie de la CEMAC, n'a eu de cesse d'annoncer avec ferveur la transformation imminente du Cameroun en un acteur majeur de l'exportation de minerais, avec un accent tout particulier sur le fer. Une vision ambitieuse qui s'inscrit dans un contexte national critique, marqué par le déclin rapide de la production et des exportations d'hydrocarbures – piliers historiques des recettes de l'État – dû à l'épuisement des gisements et à un marché pétrolier fluctuant. L'enjeu étant double : diversifier une économie en quête de nouveaux moteurs de croissance et créer des milliers d'emplois dans un pays confronté à un chômage endémique. Cependant, à l'heure du bilan, la note est salée : les annonces étaient ambitieuses, mais les échéances n’ont pas été respectées et les projets miniers peinent toujours à voir le jour
Des promesses d'exportations restées lettre morte
Dans une interview accordée au quotidien gouvernementale Cameroon Tribunes, le 26 décembre 2023, le Pr. Gentry s'était pourtant montré particulièrement confiant, déclarant sans ambages : « Le Cameroun, à partir de 2024, deviendra exportateur de fer ».
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Il avait alors spécifié que les projets Grand Zambi et Mbalam seraient opérationnels dès la même année pour les premières exportations de fer, suivis par Kribi-Lobe mené par la compagnie chinoise Sinosteel en 2025. Une condition sine qua non à cette envolée, selon ses propres mots, était le lancement effectif du chemin de fer, un projet « qui prendra cinq ans pour boucler » mais dont les travaux devaient « commencer » pour éviter une exportation par route « qui n'est pas à la dimension de ce projet ». Il avait même annoncé le démarrage technique de quatre exploitations minières, dont celle de Colomine, et la poursuite en 2025 du lancement de 10 autres projets à moyen et long terme.
Des projets miniers dans l'oubli
Cependant, la réalité du terrain vient singulièrement contredire ces affirmations ministérielles. À l'exception du projet aurifère de Mborguéné, dont la convention a certes été attribuée à une entreprise locale en mars 2025, mais sans qu'aucun mouvement concret ne soit observé sur le site à ce jour, les autres gisements promis à un démarrage en 2024 par le membre du gouvernement semblent plongés dans un profond oubli. C'est le cas du minerai de fer de Nkout et celui de Ngovayang, situés à l'Est du pays, ainsi que du minerai de fer de Ntem au Sud et des réserves d'or de Bibemi dans la région septentrionale.
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Plus préoccupant encore, le projet de cobalt-nickel-manganèse de Nkamouna, qui devait être relancé par la société américaine Geovic (désormais connue sous le nom de Phoenix Mining) via une recapitalisation de Camina à hauteur de 42,5 milliards FCFA, est resté lettre morte depuis plus d'un an. Cette inertie contraste avec l'optimisme affiché jadis par le Pr. Gentry.
Infrastructures de transport : feuille blanche
Le ministre Gentry avait par ailleurs fortement insisté sur le rôle pivot du futur terminal minéralier au port en eau profonde de Kribi. Selon ses projections, cette infrastructure d'envergure régionale était appelée à devenir une artère vitale pour l'exportation des fers du Congo et du Gabon, en raison de sa proximité et de son avantage économique. Il avait, à cet égard, fait état d'un accord « récent » pour la construction du chemin de fer Nabeba-Mbalam-Kribi, une ligne stratégique de 610 km. Le parachèvement « imminent » des négociations pour cette infrastructure ferroviaire et le lancement du terminal minéralier étaient alors annoncés comme des étapes décisives. L'ambition sous-jacente était colossale : l'ensemble des projets miniers de la sous-région, convergeant vers Kribi, devait totaliser « plus de 100 millions de tonnes de fer », marquant, selon le ministre, le début d'une ère de « très grande ampleur » pour l'économie camerounaise, dès 2024.
Un bilan 2024-2025 loin des prévisions
Pourtant, à cette date du 27 mai 2025, la réalité dresse un tableau différent des projections ministérielles. L'optimisme affiché par le ministre Gentry ne s'est, à ce jour, pas concrétisé : aucune exportation de fer n'a été enregistrée pour l'année 2024, ni pour le début de 2025. Les chantiers des infrastructures ferroviaires et du terminal minéralier de Kribi semblent par ailleurs avoir progressé bien en deçà du rythme annoncé. Les projets phares comme Grand Zambi, Mbalam, et Colomine, pourtant cités comme les catalyseurs de cette transformation minière, peinent toujours à transcender le stade des annonces pour atteindre celui de la production effective. Il a même fallu attendre la fin du premier trimestre 2025 pour que le membre du gouvernement, tentant de rassurer, annonce en fanfare la disponibilité de 600 000 tonnes de fer pour le projet de Grand Zambi et un avancement de la construction de la mine de Colomine à 90%. Des annonces tardives qui soulignent davantage le décalage avec les prévisions initiales qu'elles ne rassurent sur le calendrier global.
Quand les permis dorment dans les tiroirs des juniors
Alors que l'année 2024 devait marquer, selon les assurances du ministre Fuh Calistus Gentry, l'entrée officielle du Cameroun dans le cercle des exportateurs de mines solides, la réalité s'est avérée bien moins reluisante. Face à l'absence d'exportations concrètes, le ministre camerounais a dû moduler son discours. En marge de la 4ème édition de la Convention Internationale des Mines et Exposition du Cameroun (Cimec) en mai 2024, M. Gentry a tenté d'expliquer le retard en pointant du doigt les acteurs du secteur : « Les permis sont entre les mains des juniors minières sans capacités techniques et financières ». Il a par la même occasion annoncé une restructuration des contrats miniers, reconnaissant que la faiblesse des capacités financières constituait un frein majeur au développement des projets. Selon les statistiques actualisées du ministère des Mines en 2024, 128 permis de recherche ont été accordés à 62 sociétés minières, dont 59 pour l'or, 31 pour le rutile, 16 pour le fer, 4 pour la bauxite, 8 pour le nickel/cobalt, 5 pour le calcaire, 4 pour le cuivre et 1 pour l'étain. Un paradoxe saisissant quand on sait que certaines de ces autorisations remontent à près d'une décennie, et que, malgré ce potentiel documenté, l'exploitation effective reste marginale.
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Rappelons que depuis plus de deux ans, le Pr. Gentry n'a cessé d'affirmer que le secteur minier camerounais pourrait, à terme, contribuer à « plus d'1% du Produit intérieur brut du Cameroun ». Si l'intention de diversifier l'économie et de créer des emplois est louable, le fossé entre les déclarations et les réalisations concrètes reste saisissant. La « spéculation » que l'on observe aujourd'hui, entre projets stagnants et non-respect des normes, jette une ombre sur la crédibilité des ambitions minières du Cameroun. Les « grands rendez-vous » annoncés par le ministre des Mines se sont, pour l'heure, avérés être des opportunités manquées, laissant planer le doute sur la capacité du pays à transformer son vaste potentiel minier en une véritable locomotive économique.

