Le gouvernement du Tchad s’apprête à lancer la mise en œuvre, sur les 5 prochaines années, son projet national d’appui à la transformation numérique, qui s’appuie sur la modernisation des infrastructures numériques et l’élargissement de l’accès aux services digitaux sur l’ensemble de son territoire. En décembre 2024, la Banque mondiale s’était engagée à financer ledit projet à hauteur de 76,45 milliards Fcfa, soit environ 123,2 millions de dollars. En amont de cette transformation numérique annoncée et, bien que lié depuis deux mois par une convention de partenariat avec Starlink, l'opérateur américain de services Internet par satellite, le Tchad veut assainir sa coopération stratégique dans le secteur des télécommunications avec le Cameroun, pays voisin sur lequel il compte a priori s’appuyer largement pour opérationnaliser ses politiques publiques en matière de télécoms et d’économie numérique. Cette semaine, le ministre tchadien des Télécommunications, de l’Economie numérique et de la Digitalisation, Boukar Michel, conduit une délégation auprès des autorités camerounaises, à Yaoundé.
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Le premier axe des discussions que mènent les deux parties concerne la sécurisation de la fibre optique reliant le Tchad depuis Cameroun, ainsi que la réalisation de nouveaux tronçons de fibre optique, en vue d’assurer une meilleure interconnexion entre les deux pays. Cette infrastructure, vitale pour le transit des communications électroniques et l’accès du Tchad à une partie de la connectivité internationale, « fait l’objet d’une attention particulière tant sur le plan de la maintenance que de la protection contre les actes de sabotage et les incidents techniques. Il s’agit ici de garantir la résilience, la disponibilité et la qualité de service, tout en favorisant le maillage territorial pour une interconnexion plus inclusive et plus sécurisée », souligne la ministre des Postes et Télécommunications du Cameroun, Minette Libom Li Likeng. L’une des questions en débat dont il n’est pas fait mention en dehors des discussions à huis clos, c’est celle relative au backbone de Camtel qui, en l’état, n’est pas en capacité de fournir normalement les services auxquels le Tchad a souscrit.
Le deuxième point à l’ordre du jour porte sur la situation des impayés du Groupe Sotel Tchad vis-à-vis de l’opérateur public des télécommunications du Cameroun, laquelle situation, signale la ministre des Télécommunications du Cameroun, « impacte de manière significative la continuité du service internet transfrontalier ». En effet, ces impayés dont le montant est gardé secret a conduit Camtel à suspendre le service internet à son partenaire. Les discussions en cours ont justement vocation à déboucher sur le rétablissement de ce service et l’interconnexion de la liaison Mbere au Cameroun et Nana au Tchad, pour la redondance de la liaison principale N’Djamena-Kousseri. Le troisième volet des travaux porte sur la révision des tarifs appliqués au service internet et à la location de la fibre optique entre les deux pays. L'exploitation du câble sous-marin SAT 3 installé le long du pipeline Tchad-Cameroun par le Tchad rapporter des bénéfices chiffrés en termes de milliards Fcfa au Cameroun. « Dans un contexte marqué par la nécessité de renforcer l’accessibilité et la compétitivité des services numériques, une réflexion conjointe sur la structure tarifaire s’avère indispensable. Elle permettra de promouvoir une meilleure transparence contractuelle, d’améliorer les conditions de partenariat entre opérateurs et, surtout, de réduire les barrières économiques à l’inclusion numérique », estime Mme Libom Li Likeng.
Enfin, le quatrième et dernier axe des présentes discussions est relatif à la révision des tarifs du roaming international, conformément aux directives de la Communauté conomique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), ainsi qu’à la régulation des interférences aux frontières, notamment le phénomène de roaming indésiré. Les autorités camerounaises pensent que dans ce cadre, « il est nécessaire que nous assurions, de manière coordonnée, la mise en œuvre effective des décisions communautaires, tout en veillant à la souveraineté de nos régulateurs et à la qualité du service offert aux populations frontalières ».
Ce jeudi, des travaux techniques se poursuivent entre l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) du Tchad et l’Agence de régulation des télécommunications (Art) du Cameroun. Les deux régulateurs auront ensuite un échange sur les capacités de l’Art, notamment sur ce dont elle dispose en termes d’équipements de contrôle du spectre, de qualité de service et de réseaux. A noter, s’agissant particulièrement de la question du roaming, que depuis août 2020, les autorités sous-régionales, à travers le Conseil des ministres de l’Union économique de l’Afrique centrale (UEAC), ont adopté un « règlement communautaire portant free roaming », qui devait entrer en vigueur en janvier 2021. Mais celui-ci n’est pas appliqué quatre ans après. Au Cameroun, un appel international coûte entre 300 et 500 Fcfa par minute, contre 400–600 Fcfa au Tchad. A l’issue d’une réunion tenue à Bangui (RCA) fin mars 2025, les ministres des Télécommunications de la Cemac fixé à juin prochain la nouvelle échéance pour la suppression des frais d'itinérance des télécommunications ou roaming entre les 6 pays de la Communauté.



