Romy Castel, fille unique du fondateur du groupe Castel, Pierre Castel, a été révoquée le 3 novembre 2026 de ses mandats d’administratrice dans trois holdings du pôle africain du géant français des boissons. Dans un communiqué publié à Luxembourg, DF Holding, qui supervise les principales activités du groupe, estime que son comportement n’est « plus aligné avec les intérêts » des sociétés concernées.
Confiance « rompue »
Les révocations ont été décidées à l’issue des assemblées générales de Brasseries Internationales Holding (BIH), Brasseries Internationales Holding Angola (BIH Angola) et Brasseries et Glacières Internationales (BGI), tenues le même jour. Selon la dernière répartition disponible des activités du groupe, BIH, basée à Gibraltar, supervise notamment les activités brassicoles au Congo, en RDC, au Tchad, au Mali, en Guinée et au Togo, tandis que BIH Angola couvre les activités de boissons et de verrerie en Angola. BGI, établie en France, chapeaute notamment les activités au Cameroun, au Gabon, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Bénin, au Burkina Faso et en Centrafrique. Son périmètre comprend également les activités de verrerie au Cameroun (SOCAVER).
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Pour justifier ces évictions, le conseil d’administration de DF Holding invoque une rupture de confiance. Il considère que les « conditions de confiance et de coopération nécessaires à l'exercice de ses mandats (Romy Castel, Ndlr) au sein de BIH, de BIH Angola et de BGI, ne sont plus réunies ». Le communiqué ne précise toutefois pas les faits qui lui sont reprochés. Il s’agit des troisième, quatrième et cinquième mandats dont elle est écartée cette année, après ses révocations de Castel Vins, le 26 juin, et de Somdia, le 30 juin.
Ces révocations interviennent un mois après que Romy Castel a remporté un round dans la bataille judiciaire qui l’oppose à Grégory Clerc à Singapour. Le 2 octobre, la Haute Cour a validé ses droits de vote au sein d’Investment Beverage Business Management (IBBM), confortant les décisions prises lors d’une assemblée générale du 2 février, notamment la révocation de Grégory Clerc et de Pierre Baer de leurs mandats d’administrateurs. Romy Castel espère s’appuyer sur cette victoire pour obtenir le départ de Grégory Clerc de la direction générale de DF Holding. Mais le camp de ce dernier conteste toute conséquence directe sur la conduite des affaires du groupe. Selon lui, IBBM n’est pas la maison mère de Castel et n’exerce aucun rôle dans sa gestion opérationnelle. Les conseils d’administration de DF Holding et de sa maison mère Cassiopée ont d’ailleurs réaffirmé leur confiance au dirigeant.
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Le contrôle des structures financières également disputé
Pour comprendre les enjeux de cette bataille, il faut remonter à l'organisation de l'actionnariat du groupe, fondé en 1949 à Bordeaux. Son capital est structuré autour d'un fonds d'investissement basé à Singapour, Investment Beverage Business Fund (IBBF), qui détient 99,5 % de Cassiopée, une holding également installée à Singapour. Cette dernière possède notamment 100 % de DF Holding, au Luxembourg, qui chapeaute les activités du groupe dans le vin, les boissons en Afrique et l'agro-industrie. Cassiopée détient également 80 % de BIH et de BIH Angola, tandis que BGI est contrôlée à 80 % par Copagef, une filiale française de DF Holding. C'est dans cette organisation qu'intervient IBBM, dont le rôle dans la gestion du fonds est au cœur du conflit. Le groupe, qui emploie environ 40 000 personnes, a réalisé 6,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2024.
La bataille se poursuit aussi autour du rôle d’IBBM. Cassiopée et DF Holding ont annoncé que les trustees du fonds avaient engagé son remplacement par un nouveau gestionnaire, présenté comme indépendant et agréé. Si cette démarche aboutit, Romy Castel pourrait renforcer son influence au conseil d’IBBM sans que cette société conserve ses fonctions actuelles. Selon les informations précédemment recueillies par EcoMatin, elle a saisi la justice singapourienne pour tenter de suspendre ce remplacement.
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