Le conflit de gouvernance qui secoue depuis plusieurs mois le groupe Castel franchit une nouvelle étape. Romy Castel, fille du fondateur Pierre Castel (99 ans), a été entendue le 1er juillet 2026 par la Première Procureure du Ministère Public de la République et du canton de Genève en qualité de prévenue, dans le cadre d'une instruction ouverte pour création et usage présumé de faux document. L'information a été révélée en premier par le quotidien suisse Le Temps.
Selon les éléments de la procédure consultés par EcoMatin, Romy Castel avait été initialement convoquée le 26 mars, avant d'obtenir le report de son audition, finalement tenue le 1er juillet. Il lui est reproché d'avoir présenté une procuration générale attribuée à son père, Pierre Castel, lui conférant tous les pouvoirs sur l’ensemble des biens de ce dernier. L’avocat de la partie plaignante, Me Christian Lüscher en conteste fermement l'authenticité s’appuyant « sur des expertises formelles ». En gros, le CEO du groupe Castel soupçonne la fille du fondateur d'avoir falsifié la signature de son père afin d'obtenir certains documents. La Première Procureure a, à l'issue de l’audition, demandé à Romy Castel de remettre son ordinateur à la Brigade de lutte contre la criminalité informatique, une mesure d'investigation destinée à poursuivre les vérifications techniques dans ce dossier.
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L’authenticité du document au cœur de la bataille
Contacté par EcoMatin, l'entourage de Romy Castel balaie les accusations portées contre elle et y voit avant tout un épisode supplémentaire de la guerre de succession qui secoue le groupe. Selon ses conseils, les craintes de Gregory Clerc sont « dépourvues de réalité matérielle » et « l'authenticité des documents ne fait aucun doute ». Ils estiment surtout que cette plainte vise à permettre au dirigeant de se maintenir à la tête de l'empire familial, l'accusant « d'instrumentaliser la procédure pénale suisse » pour faire échec à sa révocation.
« Mon client s'est limité à informer il y a cinq mois de cela déjà la justice des soupçons qu'il avait concernant un document et il n'a donné aucune publicité à cette affaire », a déclaré au quotidien suisse Le Temps Me Christian Lüscher. Selon lui, « c'est la Première Procureure qui a décidé d'ouvrir une instruction et de mettre Mme Castel en prévention », une décision qui relève du seul Ministère Public.
Les conseils de Romy Castel soulignent également que leur cliente « n'a fait l'objet d'aucune inculpation ni d'aucune mise en examen », faisant valoir que la mise en prévention, spécifique au droit suisse, ne serait qu'un statut procédural permettant à la personne visée d'accéder au dossier et d'exercer ses droits. Cette grille de lecture est toutefois contestée. Selon une source judiciaire, l'ouverture d'une instruction en droit suisse n'est pas une simple formalité liée au dépôt d'une plainte nominative. « Aux termes de l'article 309 du Code de procédure pénale, le Ministère Public ouvre une instruction lorsqu'il considère que les éléments recueillis font apparaître des soupçons suffisants laissant présumer qu'une infraction a été commise, ou dans d'autres hypothèses limitativement prévues par la loi. À défaut, il peut rendre une ordonnance de non-entrée en matière». Traduction : la procédure ne s'enclenche pas automatiquement dès qu'une plainte est déposée. Le Ministère Public doit d'abord estimer que les soupçons sont suffisamment étayés pour justifier une enquête.
De Yaoundé à Genève, une bataille sans répit
Cette procédure suisse n'est qu'un épisode de plus dans le feuilleton Castel qui fait les choux gras de la presse depuis plusieurs mois. Le dernier rebondissement remonte au 26 juin 2026, lorsque Romy Castel et son cousin Alain Castel ont été révoqués du conseil d'administration de Castel Vins, la filiale historique de l'empire familial. DF Holding, la structure luxembourgeoise qui contrôle cette entité, leur reproche d'avoir multiplié « des actions incompatibles avec les intérêts du groupe et le bon fonctionnement de sa gouvernance ».
Quelques jours plus tôt, c'est le dossier Sosucam qui avait ravivé les tensions. Romy Castel avait publiquement accusé la direction de vouloir céder les 88,36 % détenus par Somdia dans le premier producteur de sucre du Cameroun, promettant que « dès la révocation de Gregory Clerc », elle présenterait aux autorités camerounaises un plan alternatif destiné à relancer l'entreprise. Une offensive à laquelle Somdia avait répondu en rappelant que l'intéressée avait été régulièrement associée aux discussions du conseil d'administration sur les différentes options envisagées pour l'avenir de la filiale.
Dans une récente interview accordé à EcoMatin, Gregory Clerc déclarait « Somdia a effectivement informé l’État camerounais de la volonté de céder sa participation au sein de la Sosucam. Toutefois, notre priorité à court terme est de construire une solution positive, pérenne et équilibrée permettant de préparer sereinement la prochaine campagne et ce, en étroite concertation avec les autorités.
Notre démarche s’inscrit dans une logique de partenariat et de responsabilité partagée, avec pour objectif de préserver les intérêts de l’ensemble des parties prenantes et de garantir les meilleures perspectives pour l’avenir de l’entreprise et des collaborateurs. »
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Mais le véritable centre de gravité de cette bataille demeure International Beverage Business Management (IBBM), la holding singapourienne qui coiffe l'ensemble des activités du groupe Castel. En février dernier, Romy Castel et Alain Castel ont tenté, sans succès, d'obtenir la révocation de Gregory Clerc de son mandat d'administrateur lors d'une assemblée générale extraordinaire. Les deux héritiers ont ensuite porté le litige devant la justice singapourienne, pour une simple audience de procédure. Gregory Clerc, qui conteste les accusations portées contre lui, affirme pour sa part exercer les responsabilités que lui a confiées Pierre Castel et bénéficier du soutien des organes de gouvernance du groupe.














