Le projet de loi de finances initiale du Congo pour l’exercice 2027 table sur une réduction du niveau d’endettement, de 88,6 % du PIB en 2026 à 80,9 % en 2027. Si ces projections sont respectées, Brazzaville gagnerait certes 7,7 points de pourcentage en un an mais resterait nettement au-dessus du seuil communautaire de 70 % du PIB. Ces perspectives restent cependant conditionnées à des avancées sur plusieurs indicateurs, ou, à tout le moins, à la levée d’un certain nombre de contraintes.
Un accord avec le FMI encore lointain
Le premier défi est la signature d'un nouveau programme économique et financier avec le Fonds monétaire international (FMI), dont le Congo a officiellement demandé l'ouverture des discussions en mai dernier. Une délégation du Fonds a achevé le 7 octobre une mission de deux semaines à Brazzaville, pour examiner les politiques que pourrait appuyer un nouvel accord au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC). L'issue de cette mission ne laisse toutefois pas présager une signature imminente. Dans son communiqué, l'institution de Bretton Woods indique que « l'équipe du FMI et les autorités poursuivront leurs discussions au cours des prochaines semaines, en vue de la conclusion d'un accord au niveau des services ».
Lire aussi : Congo : Brazzaville prévoit de tripler ses investissements publics en 2027
À ce stade, les échanges ont porté sur des pistes qu'il faudra transformer en engagements précis avant tout accord. Elles couvrent l'évolution récente de la situation économique, l'exécution budgétaire en 2026 et le projet de budget 2027, ainsi que les moyens de renforcer la résilience des finances publiques et de rendre la dette plus soutenable, autour de quatre leviers : mobiliser davantage de recettes, mieux gérer les dépenses, resserrer le contrôle des engagements et de la trésorerie, et prévenir l'accumulation de nouveaux arriérés. Sans accord, le Congo pourrait avoir du mal à mobiliser les appuis budgétaires de nombreux bailleurs de fonds.
Des intérêts en hausse de 46 %
L'accent mis sur la nécessité de « rehausser la viabilité de la dette » n'est pas fortuit. Dans son projet de loi de finances, le pays de Denis Sassou Nguesso mise sur une stratégie de financement qui privilégie une « mobilisation maîtrisée des ressources compatible avec l'objectif de réduction progressive du niveau d'endettement public ». Concrètement, les ressources de trésorerie sont projetées à 1 324,6 milliards de FCFA, contre des charges de trésorerie de 1 757 milliards. Il en résulterait un besoin net de financement de 432,4 milliards de FCFA, que l'excédent budgétaire dégagé devrait couvrir.
Lire aussi : Congo : le pétrole fait bondir l’excédent commercial de 224 %
La charge de la dette continue pourtant de s'alourdir. Les intérêts de la dette publique congolaise devraient bondir de 46,4 % en 2027, de 238,1 à 348,6 milliards de FCFA, soit 110,5 milliards de plus. Ce poids croissant réduirait d'autant la marge de manœuvre budgétaire de l’État. Sans accord avec le FMI, le Congo pourrait éprouver des difficultés à mobiliser les appuis budgétaires de nombreux bailleurs de fonds. Le contexte international n’aide pas : le ministre des Finances, Christian Yoka, évoque « les risques liés aux tensions géopolitiques, aux conditions financières internationales et à la volatilité des cours de l’énergie ». Dans cet environnement, la mobilisation des recettes publiques apparaît incontournable. Ce pays de la CEMAC vise 3 120,8 milliards de FCFA en 2027, en hausse de 12 %.
Un marché régional exigeant
Sur le marché des titres de la BEAC, le coût des opérations inquiète. Le 15 septembre par exemple, le Trésor congolais a connu une séance d’adjudication difficile le 15 septembre sur le marché des titres publics de la Cemac. Sur 35 milliards de FCFA recherchés à travers quatre émissions, Brazzaville n’a finalement mobilisé que 19,09 milliards, soit 54,5 % de son objectif. La faible demande intervient alors que les conditions consenties aux investisseurs restent élevées, avec des taux proches de 7 % sur les bons du Trésor et un rendement actuariel d’environ 10 % sur l’OTA à trois ans.
Lire aussi : Congo : les intérêts de la dette publique vont bondir de 46 % en 2027
Pour ce qui est des finances publiques, les performances récentes montrent à la fois l’élan et la fragilité de cette trajectoire. Au deuxième trimestre, le Congo a mobilisé 632,7 milliards de FCFA (+44,5 %), tirés par le pétrole dont les revenus ont bondi de 133,2 % pour atteindre 304,6 milliards FCFA. Les recettes non pétrolières, elles, n’ont progressé que de 2,5 %, à 298,5 milliards de FCFA. Le pétrole pèse désormais autant que le reste de l’économie dans les recettes, d’où une forte exposition aux fluctuations des cours.
Lire aussi : Congo : le chômage frappe 40 % des jeunes actifs, le plus haut taux d'Afrique centrale









