L'Union européenne (UE) et le Royaume-Uni (UK) ont sanctionné Intershipping Services, l'opérateur exclusif des registres maritimes du Gabon depuis 2018, ainsi que celui des Comores. Basée aux Émirats arabes unis, la société est accusée par Bruxelles et Londres de son rôle central dans l'exploitation de ces registres, devenus des points névralgiques pour la « flotte fantôme » russe. Cette action concertée vise directement l'infrastructure opaque des pétroliers transportant le brut russe sanctionné. Le ministère britannique des Affaires étrangères a affirmé le 21 juillet dans un communiqué que ces navires, agissant pour le compte de l'État russe, étaient responsables du transport de marchandises d'une valeur pouvant atteindre 10 milliards de dollars par an. Selon David Lammy, le ministre britannique des Affaires étrangères, « de nouvelles sanctions démantèleront davantage la flotte fantôme de Poutine et videront le trésor de guerre de la Russie de ses revenus pétroliers critiques ».
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L'accord exclusif d’association pour l’établissement et l’exploitation du Registre International Gabonais des Navires a été signé le 15 septembre 2018 à Libreville par Justin Ndoundangoye, alors ministre du Transport et de la Logistique, et M. Hysham Shaikh, Directeur d'Intershipping Services LLC.
L'Afflux Russe
Concrètement, la société est accusée d'avoir enregistré des navires de la flotte fantôme sous pavillon gabonais et, via des intérêts affiliés, également sous pavillon comorien. L’UE et l’UK révèlent qu’après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, le pavillon gabonais a connu une croissance rapide, absorbant des dizaines de pétroliers délaissés par d'autres registres, y compris une grande partie de la flotte de Sovcomflot, l'entreprise pétrolière publique russe sous sanctions. En 2024, le Gabon est devenu le registre maritime à la croissance la plus rapide au monde, en grande partie en raison de cet afflux de tonnage russe. Une enquête de RFI en 2024 a révélé l'implication d'au moins 40 navires pétroliers battant pavillon gabonais dans des activités opaques dans des ports russes.
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Ces sanctions, annoncées le 21 juillet, s'alignent sur les ambitions directes des gouvernements occidentaux de cibler l'infrastructure de la flotte fantôme et de faire pression sur l'économie russe. Elles coïncident avec la décision du Royaume-Uni de s'aligner sur l'UE pour abaisser le plafond du prix du pétrole brut russe de 60 à 47,60 dollars le baril, dans le but de réduire les revenus de Moscou. Cependant, selon les experts de S&P, l'impact de cette baisse reste modéré sans une application rigoureuse par les États-Unis, car la plupart des transactions pétrolières maritimes sont toujours effectuées en dollars américains. Les États-Unis n'ont pas encore approuvé le mécanisme de plafond flottant de l'UE, créant ainsi une divergence transatlantique dans l'application des sanctions.
Pavillons à risque et vulnérabilités récurrentes
Le Gabon et les Comores font depuis longtemps l'objet d'un examen minutieux de la part des autorités de contrôle portuaire occidentales. Les Comores, en particulier, sont connues pour leur association avec des comportements maritimes à haut risque, figurant sur la liste noire du protocole d’accord de Paris et souvent signalé par la Garde côtière américaine. Elles figurent aussi régulièrement parmi les premiers pour les cas d'abandon d'équipage, selon la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF). Ces pavillons sont également liés à des expéditions de pétrole iranien et apparaissent fréquemment dans les alertes de contournement des sanctions pour le commerce illicite avec le Venezuela, la Russie et l'Iran.
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