Nouvelle sanction pour Afreximbank. L’agence de notation financière Moody’s a annoncé, mardi dernier, l’abaissement de la note de crédit de la banque panafricaine de Baa1 à Baa2, la rapprochant un peu plus de la catégorie « spéculatif ». Cette décision intervient à peine un mois après une dégradation similaire de Fitch Ratings, et traduit une inquiétante détérioration de la qualité des actifs et un recul de la diversification des sources de financement de la banque.
Moody’s explique que la situation financière d’Afreximbank s’est fragilisée parce que la banque s’est éloignée de son cœur de métier (le financement du commerce) pour accorder des prêts non garantis à des pays en difficulté comme le Ghana et la Zambie. Ces deux pays pèsent respectivement 3% et 0,2% des engagements de la banque et ont amorcé des plans de restructurations qui sont susceptibles d’entraîner des pertes pour la banque. Fitch s’est appuyé sur ce même argument mais Afreximbank avait qualifié cette perception qualifiée d’ « erroné », rappelant que son traité fondateur (ratifié par 53 États africains) le protège de toute restructuration forcée.
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Au cours des assemblées annuelles de la Banque qui se sont récemment tenues au Nigéria, le nouveau Président de l’institution, George Elombi, a indiqué que l’intégration d’Afreximbank dans des plans de restructuration de ces États était « hautement improbable ». « Pourquoi nos États respecteraient-ils les traités d’institutions non africaines, et violeraient-ils celui qu’ils ont eux-mêmes signé pour créer Afreximbank ? », s’est interrogé Elombi.
Une opinion que ne partage pas Moody’s. Selon l’agence, la restructuration des dettes en cours s’inscrit dans le cadre de l'Initiative du Cadre commun du G20 qui impose un traitement équitable entre tous les créanciers. Ce qui signifie que Afreximbank devra supporter des pertes au même titre que les autres créanciers privés. « Des risques de contentieux subsistent, car il est difficile de faire coïncider deux exigences contradictoires : d’un côté, le principe d’un traitement équitable d’Afreximbank avec les autres créanciers (comme les détenteurs d’obligations) dans les processus de restructuration de dettes ; de l’autre, le traité fondateur et la structure juridique de la banque, qui interdisent à ses propres actionnaires d’imposer une restructuration de ses prêts».
La dégradation de la note d’Afreximbank reflète également l’opinion de Moody’s selon laquelle les options de financement de la banque sont devenues limitées. Du fait des conditions de marché défavorables la banque a réduit son recours au marché des capitaux préférant s’appuyer sur des prêts bilatéraux et des financements syndiqués. « Bien qu'elle ait émis une obligation Samurai de 520 millions de dollars fin 2024 et une obligation Panda de 303 millions de dollars début 2025, ces émissions sont restées modestes par rapport aux besoins de financement totaux ».
Moody’s reconnaît toutefois plusieurs facteurs de résilience. Le premier est la structure du bilan de la banque. La maturité moyenne de ses actifs est plus courte que celle de ses passifs, ce qui lui offre une marge de manœuvre pour ajuster les coûts de financement auprès de ses emprunteurs, et permet une gestion plus agile des risques de liquidité.Il y’a également une rentabilité soutenue, des apports réguliers en capital de la part des actionnaires, ainsi que des provisions déjà constituées pour faire face aux risques identifiés. L’ensemble de ces éléments offre à Afreximbank une marge de manœuvre pour absorber d’éventuelles pertes liées à ses expositions souveraines.
Sur le plan de la liquidité, les analystes de Moody’s anticipent que la banque continuera de maintenir un niveau élevé de trésorerie, du moins jusqu’à ce que le coût de sa dette, récemment alourdi par les conditions de marché, retrouve une trajectoire plus stable.
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Cette seconde dégradation en un mois place Afreximbank sous pression, à l’heure où George Elombi est appelé à diriger l’institution pour le prochain quinquennat. Le dirigeant Camerounais aura la lourde charge de rassurer les investisseurs, défendre le statut de créancier privilégié de la Banque et restaurer la confiance des agences de notation.

