L’État du Cameroun s'oriente vers un arrangement à l’amiable pour mettre fin au litige qui l’oppose à la coentreprise Tollcam Partenariat SAS (détenue à 50% par le français Fayat et Egis), concernant la construction de 14 postes de péages automatiques. « Le Gouvernement a prévu dans le budget 2026 le paiement de20 milliards de FCFA en guise de premier versement de la créance due à la Société de Projet, et un solde pour l’exercice 2027, conformément aux dispositions contractuelles », fait savoir le ministère des Travaux publics(Mntp) contacté par EcoMatin.
En effet, Tollcam avait saisi la Cour internationale d’arbitrage (CCI) pour réclamer un paiement de 30 milliards de FCFA, après avoir annoncé un investissement de 42milliards de FCFA pour l’ensemble du projet. Alors que les sept premiers postes de péage automatique construits (Mbankomo, Boumnyebel, Edéa, Mbanga, Tiko, Nkometou et Nsimalen) devaient être mis en service depuis septembre 2023, le projet a connu un coup de théâtre. En février 2024, le ministre des Travaux publics (MINTP), Emmanuel Nganou Djoumessi a notifié Philippe Serain, président de Tollcam Partenariat SAS, de la suspension de l’exécution du projet en mode Partenariat Public-Privé (PPP) ;l'objectif étant de transférer la pleine propriété de l'ouvrage à l'État.
Lire aussi : Péages automatiques : Tollcam poursuit l’État camerounais en justice et réclame 30 milliards FCFA
Pour le Mintp, « la résiliation du contrat a entraîné le paiement d’une indemnité couvrant l’encours de la dette contractée par la Société de Projet, y compris le capital, les intérêts et les commissions, ainsi que l’encours des fonds propres, la perte de profit du partenaire et les coûts ou réclamations liés à la résiliation ».Bien que les travaux sur les sept premiers postes de péage soient achevés, la date définitive de leur exploitation reste indéterminée. Le démarrage des sept derniers postes, initialement prévus pour 2024 (Bayangam, Bafia, Manjo, Bandja, Matazen, Foumbot et Dschang), est également compromis. A noter que le projet visait une augmentation des recettes publiques, avec un tarif maintenu à 500FCFA. Les projections indiquaient environ 632 milliards FCFA à la fin du contrat (jusqu’en 2041 dont près de 471 milliards revenant au Trésor public. Le PPP prévoyait également un fort contenu local : 95 % de main-d’œuvre nationale,98 % de personnel d’exploitation local et au moins 34 % des prestations confiées aux PME camerounaises, précise le Mintp.
Le rapport cité plus haut met globalement en lumière d’importants risques financiers pesant sur le ministère des Travaux publics. Parmi les dossiers litigieux celui du deuxième pont sur le Wouri, pour lequel la Chambre des Comptes évalue à15 milliards de FCFA le risque budgétaire lié aux titulaires du marché (Sogea Satom et Soletanche Bachy). L’État du Cameroun pourrait également devoir débourser 52 milliards de FCFA en faveur du groupe Andrade Gutierrez Zagope, adjudicataire des travaux de la route Garoua-Boulaï–Ngaoundéré (89 km), et 37,7milliards de FCFA à l’entreprise camerounaise des BTP, si l'on se fie aux dépenses additionnelles potentielles recensées par la Chambre des Comptes.

