La BEAC, banque centrale des six pays de la CEMAC (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad), a décidé, le 15 décembre 2025, de resserrer une nouvelle fois sa politique monétaire en relevant de 25 points de base ses principaux taux directeurs. Le taux d’intérêt des appels d’offres (TIAO) passe ainsi de 4,50 % à 4,75 %, tandis que le taux de la facilité de prêt marginal est porté à 6,25 %. Il s’agit des niveaux les plus élevés enregistrés par l’institution depuis au moins 2017. En revanche, le coefficient des réserves obligatoires, qui est la fraction des dépôts que les banques commerciales doivent déposer auprès de la BEAC, est resté inchangé, à 7 % pour les dépôts à vue et 4,5 % pour les dépôts à terme (DAT).
Principaux leviers de la politique monétaire en zone CEMAC, les taux directeurs fixés par la BEAC déterminent le coût auquel les banques commerciales peuvent se refinancer auprès de l’institution. Ils influencent, par ricochet, les conditions de crédit appliquées aux ménages et aux entreprises. Du coup, la décision de durcir les conditions d’emprunts peut sembler paradoxale puisque la BEAC projette en même temps un repli de la croissance économique de la CEMAC en 2025 à 2,4% contre 2,7% en 2024. En théorie, une baisse des taux aurait permis d’alléger le coût du crédit, d’encourager l’investissement et la consommation, et ainsi de soutenir l’activité économique.
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Interrogé par EcoMatin sur cette « curieuse » décision lors de la conférence de presse tenue à l’issue de la réunion du Comité de politique monétaire (CPM), le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a fondé sa justification sur deux principaux arguments.
D’abord, il rappelle que la politique monétaire accommodante menée ces dernières années avait pour objectif prioritaire de ramener l’inflation sous le seuil communautaire de 3 %. Un objectif désormais atteint, puisque la BEAC projette un taux d’inflation de 2,2 % en 2025, contre 4,1 % en 2024. Cette évolution traduit une relative maîtrise du niveau général des prix à l’échelle régionale, même si des tensions persistent dans certains pays, notamment au Cameroun, où l’inflation demeure au-dessus de la moyenne communautaire.
« En effet, ce contexte aurait pu justifier le maintien d’une politique monétaire accommodante. Toutefois, cette option n’a pas été retenue en raison de la forte dégradation des réserves de change observée récemment », a expliqué le gouverneur. C’est là le second pilier de l’argumentaire de la Banque centrale. Selon Yvon Sana Bangui, la politique monétaire très expansionniste a entraîné une sortie excessive de devises. « Nous avons procédé à des injections massives de liquidité dans le système bancaire, ce qui s’est traduit par une baisse significative de nos réserves de change », a-t-il souligné. Jusqu’en novembre dernier, les offres hebdomadaires d’injection de liquidités de la BEAC en faveur des banques commerciales ont atteint un pic de 800 milliards FCFA. Or, précise le gouverneur, « tout ce qui a été injecté a essentiellement servi à financer des importations, voire, dans certains cas, des fuites de capitaux ».
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Résultat des courses, les réserves de change, qui permettent de financer les importations des pays de la région et maintenir parité euro-franc CFA fixe, sont tombées à 6 377,3 milliards FCFA, contre 7 624,6 milliards FCFA au 30 juin 2025, soit une baisse de près de 1 300 milliards FCFA en six mois. Le taux de couverture extérieure de la monnaie devrait, lui aussi, reculer à 67 %, contre 75 % à fin 2024.
« Dans la configuration actuelle, il aurait même été plus indiqué pour le CPM d’adopter une politique monétaire beaucoup plus restrictive, en relevant les taux de manière plus marquée afin de rendre l’argent plus cher et de limiter les sorties de devises », a estimé le gouverneur. « Compte tenu de la fragilité de la position extérieure et de la baisse marquée des réserves de change, le relèvement modéré des taux apparaît comme l’option la plus adaptée afin de préserver la valeur de la monnaie et de contribuer à la stabilité macroéconomique de la zone ».
Il appartient donc désormais aux États d’adopter des politiques économiques favorisant la production locale et la transformation structurelle des économies pour doper la croissance.
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