Réunis à Bangui (République centrafricaine) dans le cadre de la 16e session ordinaire de leur conférence, les chefs d’Etat de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), ont remis sur la table la réforme du Fcfa engagée depuis 2019 et dont le processus semble être un véritable labyrinthe. Ils ont en effet relancé le débat de la révision du cadre de coopération monétaire de la CEMAC avec la France et donné mandat au président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso, nouveau président en exercice de la conférence, de mener à son terme la réflexion entamée en liaison avec le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui, et le président de la Commission de la CEMAC, Baltasar Engonga Edjo’o. Beaucoup fondent l’espoir que pendant le mandat de deux ans qu’il entame à la tête de la conférence des chefs d’État, Denis Sassou Nguesso puisse faire bouger les lignes au regard du virage panafricaniste qu’il a opéré depuis peu.
Il a quelque peu annoncé la couleur au sortir du sommet de Bangui. « Je peux vous assurer que nous nous sommes engagés en politique sur le thème du panafricanisme, de la libération de l'Afrique, du développement tout court », a-t-il lancé à la suite de la passation de service avec son homologue centrafricain Faustin Archange Touadera. Denis Sassou Nguesso est, en effet, le seul chef d’État de la zone CEMAC, à part Touadera qui fait des pieds et des mains pour donner cours légal à la cryptomonnaie en Centrafrique au mépris de la réglementation communautaire en vigueur, à avoir dénoncé publiquement le système du Fcfa ces dernières années.
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La réflexion sur la réforme du Fcfa en Afrique centrale s’inscrit dans un processus enclenché à la fin de l’année 2019. Le 22 novembre de cette année-là, réunis en sommet extraordinaire à Yaoundé, les chefs d’État de la CEMAC avaient décidé d’« engager une réflexion approfondie sur les conditions et le cadre d’une nouvelle coopération monétaire avec la France ». «Les chefs d’État et de gouvernement ont réaffirmé leur volonté de disposer d’une monnaie commune stable et forte», avaient-ils indiqué dans le communiqué final à l’issue de cette rencontre. Cette orientation politique majeure faisait suite à l’adoption, en décembre 2018, d’un nouveau règlement sur la réglementation des changes entré en vigueur en mars 2019, destiné à renforcer la discipline dans le rapatriement et la gestion des devises dans la sous-région.
À partir de 2020, cette dynamique s’est inscrite dans le cadre plus large du Programme des réformes économiques et financières de la CEMAC (PREF-CEMAC), qui visait à consolider la stabilité macroéconomique et à préparer le terrain pour des évolutions monétaires futures. L’étape suivante s’est jouée sur le plan intellectuel et académique, notamment lors du colloque de Libreville de novembre 2022 consacré à « Monnaie et développement en Afrique centrale », qui a mis en avant plusieurs pistes de réforme : changement de nom de la monnaie, fin ou révision du compte d’opérations avec le Trésor français, gestion plus autonome des réserves de change et réexamen de la garantie de convertibilité.
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Ces orientations ont trouvé un prolongement politique lors de la 15ᵉ conférence ordinaire des chefs d’État, le 17 mars 2023, où les dirigeants ont réaffirmé leur volonté d’une révision progressive du cadre de coopération monétaire. Dans la foulée, ils ont demandé l’élaboration d’un calendrier précis, avec des mesures à court, moyen et long termes. La dynamique a été réitérée à la fin de 2024, lors d’un sommet extraordinaire qui a insisté sur la correction des déséquilibres macroéconomiques et le renforcement des institutions régionales.
Enfin, en 2025, la BEAC a dressé un premier bilan de la réforme des changes mise en place en 2019. Le gouverneur a souligné la hausse significative des devises rétrocédées, l’amélioration de la traçabilité des flux financiers et la consolidation des réserves de change, tout en pointant les défis persistants. Cette séquence montre que la réforme du Fcfa en Afrique centrale, amorcée en 2019, progresse lentement, entre décisions politiques, concertations techniques et ajustements réglementaires, sans qu’une rupture comparable à celle de l’UEMOA n’ait encore été actée.
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