Alors que le marché camerounais de la viande bovine subit déjà une forte pression sur les prix due à la contraction de l’offre locale, une nouvelle contrainte se profile à l’horizon. Suivant une lettre circulaire signée le 31 juillet 2026 par le président Mahamat Idriss Déby Itno pour la préparation du budget 2027, le Tchad prévoit d’interdire, à compter du 1er janvier 2028, les exportations de bovins sur pied afin de favoriser la transformation de la viande sur son territoire. Dans son rapport sur la programmation budgétaire 2027-2029, le ministère camerounais de l’Economie estime que cette décision est fortement susceptible d’affecter directement l’approvisionnement du Cameroun, dont les marchés dépendent fortement du bétail tchadien, et alerte sur le risque de flambée des prix.
« Face au risque de hausse des prix de la viande bovine dès janvier 2028, lié à l’interdiction par le Tchad d’exporter les bœufs sur pied, dont dépend plus de 40 % de l’approvisionnement national, le ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (MINEPIA) devra produire des propositions de mesures », peut-on lire dans le rapport général des conférences élargies de programmation budgétaire et de la performance associée (CEPB-PA) 2026 récemment publié par le ministère.
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De fait, le pays importe en moyenne 5 000 tonnes d’animaux vivants par an pour combler le gap entre la production et la demande. En 2023, le Minepia comptait 49 606 bovins importés du Tchad sur un volume global de 4 450 tonnes valant 7,3 milliards FCFA. Mais depuis que le cycle de croissance s’est brisé en 2024, les volumes de bêtes importées ont bondi de plus de 100% à 10 963 tonnes en 2025. Cet important volume tendait à approvisionner un marché dont la production s’est effondrée passant de 130 000 tonnes à 94 300 tonnes entre 2023 et 2024, avant de tomber à 68 900 tonnes en 2025. La filière bovine a donc perdu 47 % de son volume en deux ans, dont 25 398 tonnes (27 %) sur la seule dernière année selon les données présentées par le Premier ministre dans son discours de politique générale en prévision du budget 2026.
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Tension sur les prix
Si cette interdiction est effectivement appliquée, les opérateurs camerounais devront donc trouver d’autres sources d’approvisionnement ou se tourner davantage vers la viande déjà transformée. Dans un contexte où la production nationale est déjà en recul, cette réorganisation des flux commerciaux pourrait accentuer les tensions sur l’offre et renchérir les prix pour les consommateurs. A date, la fragilité du marché intérieur se répercute déjà sur les consommateurs finaux. Dans les marchés de Yaoundé, le kilogramme de viande de bœuf sans os est passé de 3 000 à 3 500 FCFA en un mois en mai 2026 (contre 2 500 FCFA au début de l’année), tandis qu’à Douala, les consommateurs rapportent des prix allant jusqu’à 4 000 FCFA. Les professionnels invoquent le coût de l’aliment du bétail, dont le sac de tourteau est passé de 8 000 à 13 000 FCFA, la rareté des animaux dans l’Adamaoua et le coût du transport.
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31,67 milliards FCFA pour soutenir l’offre de viande
Le Minepia inscrit dans son budget triennal trois chantiers qui visent à soutenir l’offre de viande bovine. Le premier est la construction d’un abattoir industriel à Maroua évalué à 10 milliards FCFA. Les deux autres sont à cheval entre la filière viande et la filière laitière ; il s’agit d’un centre national de production de semence bovine à Ngaoundéré, avec trois centres relais à Lougguéré, Maroua et Jakiri représentant un investissement de 9,02 milliards FCFA ; et le développement de la production fourragère sur 15 280 ha de terres hydroagricoles pour 12,6 milliards. La capacité de ces projets à atténuer le choc dépendra donc de leur mise en service effective et leur incidence réelle sur les volumes produits localement, avant l’échéance de 2028.
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